Edito : 2007 : un autre scénario est possible

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Les grandes manoeuvres entreprises par le gouvernement pour modifier les règles de représentativité syndicale, et qui se déroulent dans la plus grande discrétion, peuvent être perçues comme une affaire regardant essentiellement les spécialistes de la question, en l’occurence les juristes et les responsables syndicaux/les.

C’est une erreur. Cette question intéresse en fait tou-te-s les exploité-e-s, chômeur-se-s, précaires, travailleur-se-s à temps plein. Car il s’agit ni plus ni moins de transformer les syndicats en machines électorales en inventant de nouvelles règles qui, si elles permettront aux syndicats les plus récents de se mesurer aux cinq confédérations, seront plus contraignantes pour accéder à la représentativité et aux droits qu’elle donne. Ces règles, si elles sont validées, permettront de balayer les syndicats les moins militant-e-s et les moins présents sur le terrain mais aussi les syndicats de lutte dont l’implantation géographique est inégale.

Patronat et gouvernement espèrent ainsi pouvoir négocier dans un contexte social pacifié et marginaliser durablement la contestation sociale. Le projet de la droite est du reste révélateur d’une institutionnalisation croissante du syndicalisme qui n’est du reste pas le fait du seul pouvoir, mais aussi et surtout des organisations syndicales elles-mêmes.

La lamentable affaire de la fusion GDF-Suez en offre un triste exemple. Les syndicats de GDF, s’ils sont défavorables à la fusion, n’ont rien fait pour en découdre avec l’État, pour mener une campagne de masse en faveur du service public qui permette de sensibiliser mobiliser les usager-e-s et surtout de faire le lien avec les autres services publics. Leur action se résume à une stratégie d’accompagnement social de la privatisation et à une succession de journées d’action dépourvues de dynamique. Les confédérations ont aussi leur part de responsabilité en ne faisant pas le lien entre les journées de mobilisation à GDF, à la SNCF (12 octobre), dans l’Éducation nationale (28 septembre) et ailleurs.

Comme on l’a vu pendant les mobilisations contre le Contrat première embauche, leur préoccupation première est avant tout de gérer l’image médiatique des luttes. En revanche, on peut estimer que depuis une dizaine d’années, elles ont renoncé à toute stratégie d’action revendicative interprofessionnelle donnant un sens à l’action syndicale. On le voit sur les retraites mais aussi sur le CNE et la loi sur l’égalité des chances, ou encore sur la remise en cause du droit de grève où leur silence est assourdissant. De même, à l’occasion du centenaire de la Charte d’Amiens, nous pouvons dire que le partage des rôles est plus fort que jamais entre syndicats réformistes et gestionnaires soucieux de la défense individuelle des salarié-e-s et installés dans la cogestion et des partis de gauche dont ils attendent plus que jamais un débouché politique.

Les élections présidentielles et législatives de 2007 ne peuvent que renforcer cette tendance, surtout si les militant-e-s révolutionnaires dédient l’essentiel de leurs forces à cette campagne comme cela est de coutume chez les principaux partis trotskystes. Pour les partis et syndicats institutionnels, cette période justifie tous les renoncements ; pour les révolutionnaires, elle peut être celle de toutes les opportunités et les audaces, parce que le pouvoir est en campagne et qu’il ne peut pas jouer la seule carte répressive pour l’emporter.

Cela doit être non seulement être l’occasion de construire des mobilisations sur des bases revendicatives offensives (régularisation de tou-te-s les sans-papiers, réquisition des logements vides, augmentation des salaires, abrogation des contrats précaires, égalité salariale hommes-femmes, instauration d’un salaire social, réduction du temps de travail sans perte de salaire et avec embauche correspondante,... ), mais aussi de peser sur la crise de la représentativité et faire progresser le projet d’une démocratie autogestionnaire et antipatriarcale à partir de la démocratie expérimentée dans les luttes.

Alternative Libertaire, le 27-09-2006

 
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