Antiracisme : En finir avec les bons sentiments

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Le 7 novembre, dans neuf villes de France, des mobilisations antiracistes sont organisées pour répondre au climat pesant de xénophobie suite aux divers attentats racistes en Alsace et en Corse notamment. Une initiative salutaire, même si l’humanisme creux qui sert de base d’appel à ces manifestations est plus que critiquable.

En mai dernier, dans une atmosphère rendue irrespirable par la multiplication des attentats contre des mosquées, des synagogues et des cimetières juifs ou musulmans, la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) prenaient l’initiative d’une grande manifestation contre tous les racismes, initiative à laquelle se joignaient aussitôt le PCF, AL, la LCR, les syndicats SUD, etc.

Mais l’initiative devait être sabotée par SOS-Racisme qui, de façon unilatérale, coupait l’herbe sous le pied de tout le monde en appelant à une manifestation le 16 mai, uniquement dirigée contre l’antisémitisme, malgré les protestations de la LDH et du Mrap.

Le 16 mai, on eut donc droit à un spectacle désolant : une manifestation constituée pour l’essentiel d’associations satellites du PS ou du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), et dirigée uniquement contre l’antisémitisme ; suivie d’une autre manifestation, dirigée contre tous les racismes sans distinction, sous les quolibets des nervis du Betar (organisation des jeunesses du Likoud).

Contre la communautarisation de l’antiracisme

Pour ne pas en rester là, et face à la menace d’une communautarisation de l’antiracisme (" je suis contre le racisme qui me vise, le reste n’existe pas « ), la LDH et le Mrap entreprenaient de relancer leur initiative qui, de report en report, a abouti à un appel à manifester le 7 novembre à Paris, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Strasbourg, Ajaccio et Toulouse.

Mais, en essayant cette fois d’y inclure SOS-Racisme pour éviter toute tentative de sabotage, la LDH et le Mrap se sont voulus rassembleurs et ont dû proposer un texte d’appel totalement indigent. Rien sur les lois racistes, rien sur les sans-papiers, rien sur la double-peine, rien sur le droit de vote des immigrés. Bref, tout ce qui aurait pu constituer implicitement une critique de l’action du PS au gouvernement et plus généralement du racisme d’Etat était gommé, au profit de déclarations humanistes creuses et dégoulinantes de bons sentiments. Le texte d’appel, intitulé » Vivre ensemble libres, égaux et solidaires « était finalement signé par la CFDT, la CFTC, la CGT, l’Unsa, la FSU, le G10-Solidaires, la LDH, la Ligue de l’Enseignement et le Mrap… mais ni par SOS-Racisme ni par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) !

Présent(e)s au premières réunions du collectif initié par la LDH et le Mrap, et assez déçu(e)s de la tournure prise par l’événement, des militant(e)s d’Act Up, des Panthères roses et d’Alternative libertaire ont alors lancé l’idée de lancer un second texte-manifeste qui, sans que cela soit contradictoire avec la démarche initiée par l’Appel » Vivre ensemble « , irait plus loin dans le propos et, dégagé de la langue de bois, réaffirmerait la nécessité d’un antiracisme politique, articulé à la revendication de la liberté de circulation et d’installation.

Réaffirmer l’existence d’un pôle antiraciste radical

S’attaquant au mythe selon lequel » la République « et » les valeurs républicaines « sont un bouclier contre toutes les formes de racisme », l’appel dénonce l’arsenal de lois discriminatoires de Pasqua, Debré, Chevènement et Sarkozy, et conclue sur ces lignes : « La liberté de circulation et d’installation est une condition indispensable pour cesser de créer des sans-papierEs, de la misère, de l’exclusion. C’est un objectif déterminant pour toutes les revendications antiracistes conséquentes : l’égalité des droits entre touTEs les résidentEs de ce pays ; la régularisation de touTEs les sans-papierEs ; l’abolition totale de la » double peine « , le droit de vote pour les immigréEs ; une Europe ouverte et respectueuse du droit d’asile.

La lutte contre la dépréciation des cultures non occidentales et non chrétiennes passe par une politique volontaire éducative contre l’ethnocentrisme et pour la pleine reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans les crimes antisémites, coloniaux et racistes passés. Elle nécessite aussi un refus clair des nationalismes et des intégrismes. »

L’appel a reçu l’adhésion d’un certain nombre d’organisations syndicales, associatives et politiques. À l’heure où cet article est écrit, la question de la visibilité de cet appel dans les manifestations du 7 novembre est posée.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

 
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