Arrêts-maladie : Feignasses, Axmedica va vous remettre au travail !

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Quasi inexistant il y a cinq ans, le contrôle des arrêts de travail est une manne juteuse qui progresse de 600 % par an. Créé de toutes pièces, ce marché s’engraisse sur le dos de la Sécurité sociale et menace d’aggraver l’angoisse dans les entreprises.

Ça manquait. Dans la panoplie de plus en plus vaste des dispositifs servant à nous maintenir sous contrôle, est proposé le contrôle médical « patronal ».

Depuis 1978, la loi dite « de mensualisation » [1] donne aux employeurs un droit de regard sur l’arrêt de travail de leurs salarié-e-s. Complémentaire aux contrôles diligentés par la Sécurité sociale, ce droit resté peu utilisé par les entreprises. Cette lacune est désormais comblée par des sociétés privées de contrôle qui, flairant l’aubaine, font un matraquage publicitaire intense. En effet, l’absentéisme serait un fléau représentant une perte de 7,2 milliards d’euros annuels, entièrement due à l’incurie de salariés malveillants. Axmedica, l’une de ces entreprises de contrôle privé s’indigne : « 20 % de la population active a bénéficié d’un arrêt de travail » [2]. On comprend que l’arrêt est déjà en soi un scandale.

Réveil tardif ou marché à point ?

Pourquoi n’y avait-il pas plus de contrôles avant ? Et pourquoi le privé se réveille-t-il seulement maintenant ? 60 % des entreprises françaises ne déclenchent pas de contrôles additionnels essentiellement parce qu’une part de l’absentéisme est incompressible : retards, enfant malade, rhume qui ne prévient pas, lumbago qui cloue au lit… toutes choses qui ne méritent pas que le patron s’inquiète. Mais ces sociétés privées insistent : la France serait championne d’Europe de l’absentéisme (4,5 %) contre 3 % seulement en Italie – c’est dire ! (les deux économies n’étant en rien comparables). Heureusement, « l’absentéisme n’est pas une fatalité » (on respire). Si ces organismes se réveillent aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’il y a un nouveau gisement d’argent – la suspension des indemnités journalières des « fraudeurs ». Ensuite, l’époque étant à la rentabilité, il est temps d’alerter les entreprises sur ce fléau qui grève leurs profits.

Traque aux salarié-e-s

Dans l’univers néolibéral, Axmedica, Medica Europe, et autres Synéance… sont à la Sécu ce que les sociétés de flicage privées sont à la police nationale : des mercenaires pratiques, peu regardants, au discours bien rôdé et qui ne feront pas de cadeau à leurs victimes : les salarié-e-s.

Pourtant certains de leurs argumentaires reconnaissent – on croit à la maladresse – que le stress au travail est facteur d’absentéisme. Toutefois, ce n’est pas le fait de managers obsédés par l’atteinte des objectifs, comme notre insondable naïveté aurait pu le craindre, mais la faute aux 35 heures ! [3]

De plus, Axmedica constate que l’absentéisme entraîne une « mauvaise ambiance au sein des équipes ». Dans un entretien à Capital, Raphaël Wecker, le gérant d’Axmedica, affirme que sa société « traque les salariés en congé maladie (sic)… dès 48 heures d’arrêt ». Et d’avouer sans désemparer : « l’aspect gendarme de la démarche est efficace auprès des salariés » [4].

Donc, les variations du taux d’absentéisme ne doivent pas interpeller une entreprise sur ses pratiques managériales ou son organisation, mais au contraire favoriser la division, en montant les bons travailleurs contre les mauvais : ceux et celles qui encaissent et ferment leur gueule, et les mauviettes que le premier coup de stress emporte…

Cuervo (AL 95)

[1Pour le secteur privé l’article 7 de la loi du 19 janvier 1978 relative à la mensualisation et à la procédure conventionnelle, pour le public les dispositions datent de 1986.

[2Voir site d’Axmedica : www.axmedica.fr

[3Enquête publiée par Le Figaro, supplément Réussir mai 2006.

[4Capital du 01/12/2008.

 
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