Confédération européenne des syndicats : Reconquérir les outils de la lutte

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Certains courants cégétistes réclament que la CGT quitte cet ectoplasme bureaucratique qu’est la Confédération européenne des syndicats, afin que la centrale de Montreuil ré-adhère à la Fédération syndicale mondiale, censée être plus « rouge ». Ce débat, qui sera remis sur la table au 51e congrès de la CGT en avril 2016, mérite examen.

La Confédération européenne des syndicats a tenu congrès à la Maison de la Mutualité à Paris du 29 septembre au 2 octobre. Elle regroupe 90 organisations de 39 pays. Pour la France sont membres la CGT, la CFDT, FO, CFTC et l’Unsa (la demande d’adhésion de la FSU est en cours d’examen).

C’est dans les années 1990, après la chute du mur de Berlin, que la CES devient un mastodonte représentant des millions de syndiqués.

A cette époque, sa rivale d’obédience communiste, la Fédération syndicale mondiale (FSM), se vide de bon nombre de ses membres. En 1999, la CGT rejoint ainsi formellement la CES en promettant d’y introduire « le virus de la lutte des classes ». Hélas, c’est la tradition de collaboration de classe qui va plutôt déteindre sur la direction cégétiste !

La CES est en effet une machine bureaucratique financée directement par la Commission européenne. Le nouveau président, un Italien qui n’a jamais travaillé autrement que comme bureaucrate syndical, a rappelé dans son discours de clôture que le dialogue social européen et la participation à la gouvernance européenne sont les méthodes de la CES pour « influencer les structures décisionnelles ».

La CES a par exemple déploré la tenue du référendum anti-austérité en Grèce. Dans ce contexte, FO se retrouve à l’extrême gauche du congrès (!) en appelant à l’indépendance syndicale et à « peser » plutôt qu’à « participer ».

Fureurs de l’époque

Pourtant, la CES n’est pas totalement étanche aux fureurs de l’époque. La confédération tchèque, par exemple, pose le problème ­d’une politique sociale européenne harmonisée en rappelant que les salaires dans les nouveaux pays entrants à l’Est sont inférieurs au salaire moyen chinois. Des résolutions dénoncent la nouvelle directive protégeant le secret des affaires ou la remise en cause du droit de grève en Espagne.

En France, certains courants cégétistes réclament que la CGT sorte de la CES et revienne à la FSM. Ce débat sera remis sur la table au 51e congrès de la CGT en avril 2016. Cela mérite examen.

Notons que quitter la CES ne réglerait pas magiquement les problèmes d’orientation stratégique de la CGT. Et puis la FSM n’est guère attractive, plombée qu’elle est par le poids de syndicats de collaboration de classe — notamment les syndicats officiels liés à certaines dictatures (Chine, Vietnam, Syrie...). La FSM est ainsi muette sur le droit de grève et soutient divers régimes autoritaires (Bachar al-Assad, Poutine...). Pas davantage que la CES, elle ne prône la socialisation des moyens de production dans ses statuts.

Se coordonner entre gauches syndicales

Au sein de la CES se retrouvent des forces syndicales dont les orientations sont réformistes mais qui représentent incontestablement des millions de travailleurs (les métallos allemands sont capables d’organiser des grèves sur les salaires bien plus efficacement que la CGT...). Enfin, il existe souvent dans ces confédérations des courants « lutte de classe » avec lesquels il faudrait travailler.

Plutôt que de quitter la CES, nous proposons donc de mener le travail de lutte en interne de la CES, mais sans s’y enfermer : lutte idéologique et pratique avec les courants et les syndicats combatifs qui y existent, tout en faisant vivre une coordination européenne avec les organisations combatives membres de la FSM (le RMT anglais par exemple) et celles liées au Réseau européen des syndicats alternatifs et de base (Solidaires en France, CGT-E en Espagne, plusieurs Cobas en Italie...).

Jean-Yves (AL 93)

 
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