Frontières : Murs partout, accueil nulle part

Version imprimable de cet article Version imprimable


Il y a vingt-six ans, le mur coupant l’Allemagne en deux tombait. Loin que cette chute ait fait des émules, on assiste désormais à une multiplication aux frontières de gigantesques barrières physiques.

Espagne, Grèce, Bulgarie, Hongrie, Chypre, Inde, Arabie saoudite, Israël, Chine et bien sûr États-Unis : la liste des murs frontaliers semble chaque jour s’allonger. Il n’en restait que dix à la fin de la guerre froide. On en compte désormais plus de soixante. Dans un monde que le mythe de la mondialisation heureuse a promis ouvert et libre à tous et toutes, les populations sont classées en deux catégories : celles qui peuvent circuler librement et les autres. Le monde occidental dans son ensemble s’est fortifié derrière des remparts d’abord administratifs en proposant des systèmes de visas fort chers. Quand ces barrières administratives sont jugées insuffisantes, la réponse des États prend désormais et de plus en plus la forme de murailles frontalières.

Une ligne barbelée de 175 kilomètre haute de 4 mètres sépare désormais la frontière entre la Hongrie et la Slovaquie.
cc Bőr Benedek

L’idée d’ériger une barrière physique pour arrêter les vagues migratoires comme on dévierait le flot d’un cours d’eau n’est pas nouvelle et dénote surtout un fort sentiment xénophobe d’une population pour ses voisines. Qu’on se souvienne du mur d’Hadrien (Écosse) ou de la muraille de Chine. Dans les deux cas, ces murs ont été érigés pour envoyer un signal symbolique à toute personne, intérieure ou extérieure.

Une border patrol à 13 milliards de dollars

Et s’il fallait juger de l’efficacité militaire de ces constructions, la ligne Maginot nous rappelle qu’un mur, aussi imprenable soit-il supposé, est toujours contournable. Aujourd’hui pourtant, malgré ces précédents, le gouvernement hongrois de Viktor Orbán s’apprête lui aussi à entrer dans l’histoire comme un dirigeant européen qui a fortifié sa frontière. L’érection d’un mur n’est pas un acte anodin. Ces barrières sont chères à construire et, comme n’importe quel bâtiment, nécessitent d’être entretenues. Ces coûts ne sont jamais présentés aux décideurs politiques au moment des votes lorsqu’ils sont érigés dans des États dits démocratiques. Le budget 2015 de la Border Patrol aux États-Unis s’élève par exemple à 13 milliards de dollars contre 5 milliards en 2003. Loin d’avoir arrêté les tentatives de migration ou l’entrée de marchandises illégales, cette barrière a en revanche signé l’arrêt de mort de 5 000 personnes par an lorsqu’elles tentaient son franchissement.

La frontière Mexique-USA est en « fortification » permanente et mêle capitaux et entreprises publiques et privée.
cc Dan Heaton

Les murs ne sont jamais qu’un obstacle supplémentaire sur la longue route des migrants et migrantes. À la violence symbolique que représente un mur frontalier s’ajoute la violence physique de son contournement. Mais comme le rappelle l’ancienne secrétaire à la Sécurité intérieure américaine Janet Napolitano : « Montre-moi un mur de 50 pieds et je te montrerai un escalier de 51 pieds. » Les murs n’ont jamais arrêté et n’arrêteront jamais celles et ceux qui ont déjà dû tout abandonner. Face à leur « inefficacité », on peut légitimement se poser la question de l’érection de ces barrières. In fine, il semblerait que le mur soit un objet « photogénique » à même de rassurer une population xénophobe sans jouer véritablement le rôle pour lequel il a été conçu. S’attaquer à la véritable cause des arrivées de migrants et migrantes imposerait le plus souvent une introspection des États sur leurs actions passées et présentes vis-à-vis des populations qui se dirigent aujourd’hui vers l’Europe pour trouver porte close.

Nico (ami d’AL)

— logo : cc Gémes Sándor/SzomSzed


BONUS : Un documentaire de TARANIS NEWS

Une enquête en Allemagne, Autriche, Hongrie, Serbie. 13-17 September 2015. par Taranis News

 
☰ Accès rapide
Retour en haut