A Contre Courant : Le Bolkestein nouveau est arrivé

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


Chez nous, les marionnettes s’agitent pour nous faire croire en la possibilité d’un choix sans rupture avec le capitalisme libéralisé. À Bruxelles, le breuvage d’un vin mauvais nous est concocté. Le Bolkestein nouveau sera bientôt sur le marché. C’était en juillet dernier, lors du Conseil des ministres des 25 gouvernements.

Ces apparatchiks du capital financier, ne tenant bien sûr aucun compte du NON au référendum, réaffirment que les « libertés d’établissement, de circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services » sont des normes supérieures auxquelles toutes les autres sont subordonnées. Ils sacralisent, dans leur langue de bois, le droit absolu du capital. Les délocalisations ne doivent pas être entravées par “ des réglementations jugées disproportionnées ” protégeant les salariés. Dans l’UE, il faut permettre, en revanche, le détachement, la flexibilité des travailleurs qui doivent s’adapter, saisir de nouvelles opportunités pour vendre dans d’autres pays leur force de travail. Le chômage, les licenciements ne sont d’ailleurs que des transitions professionnelles normales. Mieux, le droit du travail ne doit plus être une protection collective ! Il faut éviter le prix de coûteux reclassements. Salariés, vous serez de nouveaux nomades. Et pour faire respecter ses oukases, la caste des ministres européens s’est octroyé le droit d’anéantir les législations nationales qui les dérangent.

La mouture de ce texte est venue en 2e lecture au Parlement européen dominé par la droite-gauche libérale. Débarrassés de la pression populaire qui avait marqué les premiers débats, protégés par la presse qui a caché les enjeux, les députés ont cette fois servilement accepté les diktats libéraux : le 9 octobre, les 43 amendements d’opposants furent rejetés avec mépris par la commission européenne ; le 23, la commission parlementaire s’est inclinée ; le 15 novembre, le Parlement par un vote de 405 voix pour, 105 contre et 2 abstentions a fait de même.

Désormais, la casse du code du travail est admise comme loi d’airain, tout comme la libéralisation-privatisation des services. Et, en dépit des réticences de minoritaires et des promesses faites au temps de la mobilisation populaire, les services sociaux sont inclus dans ce projet de mise en « concurrence libre et non faussée ».

Les forces du capital n’en resteront pas là. On vient d’apprendre qu’elles ont convaincu la commission européenne de la nécessité d’une nouvelle offensive de grande envergure contre le droit du travail. À cette fin, la commission concocte un « livre vert » (?!). À suivre…

En attendant, resservir cette nouvelle piquette Bolkestein ne sera pas au goût des prolétaires. Dans leur mauvaise humeur de lutte de classes, ils pourraient être rejoints par la colère de viticulteurs auxquels on refait le coup de 1907 : faire disparaître les critères de qualité, l’étiquetage de notre breuvage ancestral, introduire le vin frelaté avec copeaux de chêne, arômes synthétiques, cépages génétiques pour faciliter les “ libertés ” de vente et de mélange. Restera la liberté de dégueuler leur vinasse et de rappeler, par la lutte, que la protection des salariés (ainsi que celle d’une certaine viticulture !) est un droit inaliénable.

 
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