Allemagne : La contestation universitaire est contagieuse

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Les grèves et occupations, notamment dans l’enseignement supérieur, seraient un particularisme archaïque purement français ? Face à ce discours de mauvaise foi, il est bon de constater que la contestation universitaire se développe un peu partout en Europe, notamment en Allemagne cet automne.

Après un important mouvement de grève dans l’éducation en juin 2009, qui avait rassemblé jusqu’à 270 000 personnes, aussi bien personnels qu’usagers de l’éducation publique, la contestation a repris dans les universités cet automne. C’est contre les frais de scolarité, la sélection à l’entrée, le recul de la démocratie universitaire et la conception des examens (bachotage intensif) que se sont cristallisées les premières revendications dans les universités qui se sont mises en grève à partir du 3 novembre.

En deux mois, plus d’une centaine d’établissement d’enseignement supérieurs et de lycées ont été touchés par ce mouvement. Dès le 12 novembre, la police intervient pour expulser les occupants et occupantes, à Tübingen d’abord. Les occupations se renouvellant, la répression est croissante : l’évacuation de l’université de Francfort le 2 décembre fut particulièrement violente, débouchant sur plusieurs arrestations, et certaines manifestations subirent les charges de la police montée.

Mais l’aspect non idéologique et consensuel revendiqué par une très large partie du mouvement a fragilisé la contestation, qui s’interdit toute recherche de perspectives alternatives et qui subit les tentatives d’infiltration de l’extrême droite. Les premières concessions gouvernementales auront suffit pour amoindrir sérieusement les grèves en décembre.

Démarrage en autriche

Mais les revendications allemandes ont vite eu un échos international, d’autant plus que la renaissance du mouvement en novembre est consécutive à la vague de grève et occupations universitaires qui avait débuté le 20 octobre en Autriche (50 000 personnes dans les rues de Vienne le 28 octobre, 8 universités occupées)

L’Italie s’était fortement mobilisé l’année dernière contre la loi Gelmini qui ouvre l’administration des universités au secteur privé, met en concurrence les universités et précarise les chercheurs. Le mouvement est reparti avec l’occupation du ministère de l’instruction publique le 3 novembre. Puis la Hongrie se mobilisait le 7 novembre contre les classes surchargées et la baisse des budgets scolaires. En Suisse, c’est à partir du 17 novembre qu’un mouvement universitaire a émergé contre le processus de Bologne et l’entrée des entreprises dans l’administration des universités.

Dans tous ces pays, malgré des réalités très diverses quant à l’ampleur et à la forme des luttes, les mots d’ordres sont très proches et se rapportent au processus de Bologne, impliquant une sélection par l’argent. Les liens entre ces diverses luttes sont explicites dans les communiqués de certaines parties du mouvement, plus conscientes des enjeux politiques, qui tentent de se coordonner au niveau mondial par la « plateforme » en ligne International Student Movement et les journées d’action internationale, comme la semaine Education is not for $A£€ du 9 au 18 novembre.

AL Alsace

 
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