Classiques de la subversion : « Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire »

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Chaque mois, un livre qui a compté dans l’histoire des idées subversives, sélectionné par Dave Berry.


Dans son Anarchisme et marxisme (1973), Daniel Guérin passe en revue l’évolution du marxisme après Marx. Condamnant la derive réformiste d’un Engels vieillissant et la « dégénérescence » liée aux noms de Kautsky et de Bernstein, Guérin affirme que « la seule théoricienne, dans la social-démocratie allemande, qui resta fidèle au marxisme originel fut Rosa Luxemburg ». Et il continue : « Il n’y a pas de différence véritable entre la grève générale anarcho-syndicaliste et ce que la prudente Rosa Luxemburg préférait dénommer “ grève de masses ”. De même, les violentes controverses, la première avec Lénine, en 1904, la dernière au printemps de 1918, avec le pouvoir bolchevik, ne sont pas très éloignées de l’anarchisme. Il en est de même pour ses conceptions ultimes, dans le mouvement spartakiste, à la fin de 1918, d’un socialisme propulsé de bas en haut par les conseils ouvriers . » Et il conclut : « Rosa Luxemburg est l’un des traits d’union entre l’anarchisme et le marxisme authentique. »

En 1971, Guérin publie chez Flammarion son Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire, livre marqué par l’expérience de 68, et qui représente une analyse approfondie du rapport entre spontanéité et conscience dans les mouvements révolutionnaires. Une seconde partie du livre réunit des textes de Luxemburg, Lénine, Trotsky et Kautsky, des commentaires plus ou moins contemporains (Collinet, Gramsci, Laurat...) et des textes plus récents (Bensaïd, Castoriadis, Cohn-Bendit, Guillerm...).

Si Guérin rejette l’autoritarisme de certains marxismes, il met néanmoins en garde contre le spontanéisme excessif de certains soixante-huitards qui aurait, à la longue, « frappé d’impuissance ces jeunes magiciens. Et, de ce fait même, remis en question le recours exclusif à l’arme de la spontanéité ». Et il conclut : « Reste à chercher une forme ouvrière consciente qui ne serait ni séparée ni distincte du gros de la classe, étant le fruit même de ses entrailles, et dont les modes de fonctionnement la prémuniraient contre toute menace de bureaucratisation. Alors seulement, les graves obstacles qui compromettent la symbiose de la spontanéité et de la conscience seraient, enfin, levés. »

La même année paraît chez Belfond un recueil de textes de Luxemburg sur Le socialisme en France, 1898-1912. Il s’agit d’analyses de deux questions : la participation des socialistes à un gouvernment bourgeois et la maturation de l’unité socialiste. S’y ajoutent des articles sur l’affaire Dreyfus et la lutte contre le danger de guerre. Pour Guérin, « s’élevant au-delà de l’immédiat et des circonstances particulières de l’époque, Rosa Luxemburg formulait un jugement de principe, applicable à toute forme de cartel électoral avec la gauche bourgeoise, à toute participation gouvernementale en régime capitaliste. Ce qui, à ses yeux, était le plus grave dans l’alliance du radicalisme et du socialisme, c’était que, pour la première fois en France, ce dernier était entraîné à la remorque de la petite bourgeoisie, elle-même au service du républicanisme bourgeois. Le prolétariat français, la seule force vivante de la démocratie, se trouvait ainsi paralysé et enchaîné. »

  • Daniel Guérin, Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire, 1971, 185 pages, Flammarion, 1971.
 
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