Constructions navales : La DCN divise pour régner

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Après l’annonce en début d’année d’un gel des salaires et d’une délocalisation d’une partie de son activité, qui s’ajoutent à la crise des constructions navales depuis près de vingt ans (réduction des effectifs, des acquis sociaux et des capacités de lutte), les salarié-e-s de la Direction des constructions navales (DCN) retrouvrent peu à peu le chemin de la lutte.

Présente sur plusieurs sites en France, la Direction des constructions navales (DCN) fait partie de ces grandes entreprises autrefois publiques, desquelles l’État se désengage peu à peu. Avec un bénéfice de 222 millions d’euros pour l’année 2006, l’entreprise a ouvert les négociations annuelles obligatoires (NAO) en imposant un gel des grilles de salaires, c’est-à-dire sans tenir compte du résultat des négociations annuelles sur la convention collective de la métallurgie. Dans la foulée, la direction annonce que la moitié des heures de travail destinées à la fabrication des nouvelles frégates seront sous-traitées, notamment en Pologne et en Bulgarie.

Une mobilisation avortée

Les salarié-e-s se sont mobilisé-e-s pour s’opposer à ces attaques. Plusieurs débrayages ont eu lieu en février et mars. Certains établissements ont même effectué des grèves de 24 heures. Ces tentatives de mouvement, dont l’orientation la plus radicale était portée par la CGT, se sont heurtées aux réticences des autres organisations syndicales, en particulier de la CFDT. Celle-ci souhaitait même éviter de compromettre l’inauguration du programme des frégates, qui prévoyait de réunir 500 invités autour du PDG de DCN.

Ces mouvements ont pris fin brutalement avec l’inauguration, le 3 avril, du nouveau nom de DCN destiné à symboliser l’entrée de Thales dans son capital. L’entreprise s’appelle désormais DCNS, pour « systèmes et services ». Cette inauguration a fait l’objet d’une mise en scène à l’américaine. Pour ce faire, les PDG de DCN et de Thales se sont livrés à un talk show au palais des congrès de Paris. Des chapiteaux ont été montés sur chaque site de DCN pour la retransmission vidéo. L’opération est estimée à 1 million d’euros. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le mouvement de grève n’a pas résisté à cette mise en scène d’une « nouvelle identité » de l’entreprise.

Les ouvriers divisés

Le premier sujet de lutte concernant les NAO n’a pas réussi à mobiliser largement. Cela tient, pour l’essentiel, aux différents statuts de travailleurs à la DCN. Une partie est composée d’ouvriers à statut d’État, mis à disposition de la DCN par le ministère de la Défense. Les dernières et les derniers embauché-e-s sont en CDI sous statut de la convention collective de la métallurgie parisienne. Ils et elles sont moins payé-e-s que les ouvriers d’État et sont, pour la plupart, entré-e-s à la DCN avec l’idéologie de la « performance ».

Ainsi, quand un ouvrier d’État dit : « Je ne me bats pas pour les mecs d’une boîte privée » ou encore : « Ici, nous ne sommes que des intérimaires. Moi, je suis ouvrier du ministère de la Défense ! », les ouvriers sous convention collective disent : « Si on est pas compétitifs on meurt ! », ou encore : « ’les ouvriers d’État sont trop payés ! ». Après deux ou trois ans passés à DCN, une partie des nouveaux embauchés commencent à percevoir que la négociation a ses limites et que la compétitivité engraisse surtout les actionnaires au détriment des salarié-e-s. C’est à ce momemnt clé que l’action militante peut trouver en eux et elles un terrain favorable à la lutte. Mais encore faut-il parvenir à ressouder les deux blocs de salarié-e-s.

Vers l’unité

Ce qui marche le mieux pour rassembler, c’est une expérience commune. Si la lutte fait partie de ce type d’expériences, le travail de chantier en est une autre. Ainsi, à Lorient, où la charge de travail est plus importante, des liens se tissent entre les ouvriers d’État et les « convention collective ». Une autre voie est le travail de propagande syndicale pour souligner les enjeux communs aux différents types de salariés. C’est tout ce qui fait la différence entre la « classe en soi » et la « classe pour soi ». Plus concrètement, il faut dépasser les petits différends pour lesquels on se chamaille ou l’on se déteste, et identifier les points de convergence qui font qu’on va se battre « tous ensemble ». Ce travail syndical de terrain crée peu à peu des rapprochements, des sympathies et une prise de distance à l’égard de la propagande néolibérale de la direction.

Une fois gagné ce rassemblement en interne, il serait nécessaire de rapprocher les travailleuses et les travailleurs des différents sites de DCNS, mais également d’élargir à l’interprofessionnel. De ce point de vue, le rendez-vous avec les luttes d’Airbus et Alcatel-Lucent a été manqué. Malgré tout, l’idée progresse que pour gagner quelque chose dans les luttes, ce ne sont plus seulement les gouvernements qui doivent trembler, mais également les transnationales.

Gageons que cette prise de conscience progressive conduise les salariés à croire en leur capacité à se battre ensemble, comme récemment les grévistes de Peugeot ont su y croire.

Christian (AL Nantes)


<titre|titre=Quelques chiffres>

En 1990, DCN comptait 30 000 salarié-e-s. Aujourd’hui, il n’en reste que 12 000.

Le plan de charge était de 22 millions d’heures en 1997, pour tomber à 12,5 millions d’heures en 2002. Après cette date, les documents officiels privilégient le chiffre d’affaire plutôt que la notion de « charge », preuve s’il en est du peu de souci pour l’emploi qu’ont les dirigeants de DCN.

 
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