Pleins feux

Crise économique : S’opposer aux licenciements et à la stratégie du choc

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Blocage des dividendes des actionnaires, reconquête d’une assurance chômage robuste, réquisition/autogestion des entreprises qui ferment, droit de veto des travailleurs sur les licenciements… Quelles revendications unifiantes, quels mots d’ordre retenir pour une stratégie libertaire d’opposition à l’explosion du chômage et des licenciements ?

La crise économique qui vient sera extrêmement violente. Dans une note de conjoncture datée du 9 avril, l’Insee évaluait la réduction d’activité en France à environ un tiers du PIB (-36%), dont -43% pour l’industrie, -88% pour le BTP et -39% pour les services marchands (commerces, hôtels…). La consommation des ménages, elle, était en baisse de 35%.

Le confinement a provoqué un choc économique qui va être amplifié par une crise financière qui sera pire que celle de 2008. En toute logique, des pans entiers de l’économie vont s’enfoncer dans le marasme, et cela se traduira par des plans de licenciements massifs. En conséquence, on peut s’attendre à une montée des révoltes : usines occupées, « trésors de guerre » (machines et stocks) mis sous clef, cadres dirigeants séquestrés… Bref, tout le répertoire ordinaire des luttes contre les licenciements.

Mais ce ne sera là que la partie émergée de l’iceberg, car le dégraissage massif qui va frapper le prolétariat précaire dans toute sa diversité (intérimaires, CDD, auto-entrepreneurs, intermittents, pigistes, etc.) ou les employé·es des très petites entreprises (TPE) risque fort de rester individualisé, et donc invisible.

De par leur visibilité collective, les travailleuses et travailleurs des grandes entreprises joueront donc sans doute un rôle moteur dans l’opposition aux licenciements. Pour se fédérer au-delà de chaque site particulier, il leur faudra une ou deux revendications communes. Mais pour fédérer plus largement encore le prolétariat, il faudra des revendications à même de répondre à l’ensemble des situations de chômage.

Quels revendications unifiantes le mouvement social peut-il proposer ? Et les communistes libertaires ?

Dans tous les cas, il faut que ces revendications suivent une idée directrice : le capital doit payer. Le capital n’est jamais que la somme des richesses matérielles et immatérielles produites par les salarié·es, et appropriées par les capitalistes. Le pays n’a subi ni guerre ni bombardements. Ses infrastructures sont intactes, de même que sa production alimentaire et son parc de logements. Donc personne ne doit se retrouver dans la misère du fait de la crise. Assurer la subsistance de chacune et de chacun doit correspondre à une légitime redistribution des richesses. Bref, le capital doit payer.

Et pour cela, la revendication la plus universelle, c’est la reconquête d’une assurance chômage de haut niveau sécurisant chacune et chacun quels que soient les déboires des entreprises où on s’est embauché. La CGT en défend une vision enrichie qu’elle nomme la « Sécurité sociale professionnelle » Cela signifie de fortes cotisations, qui pourraient conduire à une « mutualisation des responsabilités patronales », les secteurs économiques les plus riches étant davantage mis à contribution.

Pour éviter que toute cette richesse s’évapore inutilement, il faut réclamer le blocage des dividendes des actionnaires, que leurs entreprises aient touché des aides publiques, ou qu’elles aient réalisé de fabuleux « coronaprofits » comme Auchan ou Carrefour. Et, en vue d’une baisse durable du chômage, il reste une solution qui va dans le sens de l’Histoire : réduire le temps de travail à 32 heures, ramener l’âge de la retraites à 60 ans, débloquant ainsi des centaines de milliers d’embauches.

Cependant, pour des salarié·es en lutte contre la fermeture de leur boîte, la revendication d’une solide assurance chômage (comme celle d’un gros chèque de départ) peut être vue comme défaitiste. Il faut donc autre chose. La « loi d’interdiction des licenciements », revendication traditionnelle du « programme d’urgence » trotskiste a beaucoup de visibilité, mais n’est pas satisfaisante.

Elle invite à remettre le destin des travailleurs entre les mains de l’État et du gouvernement, alors que la crise doit être un biais pour faire avancer la question du pouvoir populaire. Avant l’UCL, Alternative libertaire portait ainsi la revendication d’un droit de veto des travailleurs sur les licenciements. L’Union syndicale Solidaires, elle, revendique une idée approchante : un « droit de veto suspensif » des CSE.

Enfin, dans certains cas, notamment celui d’entreprises parfaitement viables et socialement utiles, mais qui sont fermées en raison de combinaisons capitalistes – Luxfer par exemple – un mot d’ordre s’impose : la socialisation sous contrôle ouvrier. Ou bien, à défaut la reprise en main sauvage, en autogestion, avec un soutien populaire si le produit s’y prête. Pour les entreprises dont l’utilité sociale est contestable, la question de la reconversion doit être posée.

Toutes ces approches doivent être rapidement mises en débat pour que l’UCL ait une stratégie claire dans la lutte contre le chômage, les licenciements collectifs et les fermetures de sites productifs utiles à la société. Avec des revendications ancrées dans la réalité de la société actuelle, mais orientées vers un horizon antica­pitaliste et autogestionnaire.

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)

 
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