Crises agricoles : Le capitalisme affame

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Depuis le début du printemps, une quarantaine de pays ont connu des émeutes et des grèves contre la vie chère : en Haïti, au Bangladesh, au Cameroun, aux Philippines, au Burkina-Faso, en Egypte et ailleurs, les peuples s’insurgent contre les affameurs.

En Haïti, plusieurs personnes sont mortes dans de violents affrontements qui ont abouti à la chute du gouvernement. Dans cette île, les marchés officiels regorgeaient de coûteux produits alimentaires américains, tandis que les marchés paysans moins chers étaient déclarés illégaux par le pouvoir déchu. En quatre mois, le prix des céréales a augmenté de 84 %. En quelques semaines, les produits alimentaires ont connu une inflation de 50 %. Cette situation se décline dans tous les pays du monde. Les plus touchés sont toujours les plus pauvres qui consacrent l’essentiel de leurs revenus à l’alimentation. La crise n’est pas due à des ressources alimentaires insuffisantes, mais à des structures de production inadaptées et à une spéculation financière sur les matières premières agricoles.

Depuis quarante ans, les médias et les ONG se lamentent sur les famines qui touchent telle ou telle partie du globe. Pourtant, les pays riches membres de l’OCDE ont mis sur pied une politique de subvention à la production et à l’exportation agricoles qui détruit l’agriculture vivrière des pays pauvres. De 1970 à 2000, l’Union européenne (et surtout la France) était le spécialiste de ce dumping agricole en Afrique. Des produits,comme les excédents de poulet, étaient exportés à perte, vendus sur le marché local deux à trois fois moins cher que les productions locales. Aujourd’hui, des pays émergeants comme le Brésil ou l’Argentine poursuivent cette politique d’exportation dévastatrice pour les agricultures familiales.

Le monde sous haute tension alimentaire

La récente croissance économique des pays émergeants d’Asie et Amérique Latine a ouvert un marché alimentaire de plusieurs dizaines de millions de personnes consommant plus de produits carnés et laitiers qui créent une tension supplémentaire sur les marchés de matières premières alimentaires. Dans le même temps, la Commission Européenne souhaite développer les « bio »carburants à hauteur de 5 % de la consommation. Cette attitude dénoncée par le gouvernement Allemand de centre-droit est irréaliste et irresponsable. Irréaliste puisque la surface utile agricole européenne ne permet pas la réalisation de cet objectif. Irresponsable car elle entraînera une importation massive de carburants issus du sucre brésilien, du maïs mexicain et de l’huile de palme asiatique. Des produits alimentaires de base deviendront ainsi inaccessibles aux populations locales [1].

Les catastrophes naturelles comme le cyclone Birman ou le séisme Chinois et leurs conséquences sur les productions alimentaires et énergétiques ne peuvent qu’accroître la tension sur les marchés alimentaires.

Depuis la crise des « subprimes », la classe dirigeante américaine a pris le risque de ruiner le pays pour sauver les financiers de la faillite (voir Alternative libertaire n°173). Comme une bonne partie des transactions se fait en dollars, cela entraîne une hausse mécanique des cours qui provoque une inflation mondiale. Cette situation, conjuguée à la tension sur les matières premières agricoles, amène les fonds spéculatifs qui ont perdu beaucoup d’argent avec la crise de l’immobilier américain à se refaire une santé en misant sur les valeurs refuges que sont les matières premières.

Refusant l’agriculture vivrière et l’autonomie alimentaire, les politiciens avaient misé sur l’augmentation du flux de marchandises pour éradiquer la faim. La Banque Mondiale a orienté des agricultures (comme celle du Maroc ou du Mexique) vers l’exportation parce que leurs coûts d’exploitations sont plus bas. Malgré la pollution et le coût des transports... Mais ce modèle de développement est un échec.

Axelle, Erwan et Robin (AL Finistère)

[11. Lire Fabrice Nicolino, La faim, la bagnole, le blé et nous, Fayard 2007, qui parle de « nécrocarburants ».

 
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