Antipatriarcat

Europe : des lois liberticides pour les personnes LGBTI

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Depuis quelques mois, plusieurs pays d’Europe ont vu émerger des lois et propositions de lois qui restreignent les droits des personnes LGBTI. Gouvernements d’extrême droite, polices, Églises et réactionnaires multiplient les attaques et les conséquences sont dramatiques.

Les violences envers les LGBTI se sont cristallisées lors de la saison des Prides. Les manifestant·es ont régulièrement été confronté·es à des violences verbales, physiques, de diverses ampleurs. Ces violences sont parfois étatiques, d’autres fois encouragées ou ignorées par ces États. Cette année est particulièrement marquée par les attaques LGBTIphobes et des atteintes aux droits.

La loi au service des réacs

En Espagne, juillet 2021, une manifestation contre l’homophobie, suite au meutre d’un jeune homme gay, se fait lourdement charger par la police. En Bulgarie, le centre LGBTI de Sofia est attaqué et détruit en octobre. Le leader néonazi de cette attaque, Boyan Rasate, est connu pour ses positions et attaques LGBTIphobes. Il est actuellement candidat aux présidentielles du pays. Il a été arrêté suite à cette attaque, mais en Bulgarie les actes de discriminations LGBTI ne sont pas reconnus par la Justice.

Peu de temps avant, la cour constitutionnelle de Bulgarie avait décrété que le «  genre  » est une notion biologique, ce qui marque les prémices de discriminations transphobes à venir. Traiter le leader de l’attaque d’électron libre ne suffit pas à cacher le tournant extrême-droitiste du pays et des positions étatiques à l’encontre des LGBTI.

En Italie, le pays a refusé d’adopter une loi criminalisant les actes de discrimination et d’incitation à la violence à l’encontre des personnes gays, lesbiennes, transgenres et handicapées. En octobre, l’extrême droite a fait pression pour que le Sénat rejette cette loi. Pour rappel, le mariage gay ou lesbien n’est pas autorisé et l’adoption par des homosexuel·les est interdite.

En juillet en Georgie, la Pride de Tbilissi n’a pas pu se tenir à cause d’attaques de l’extrême droite catholique. Les manifestant·es ont été attaqué·es verbalement, physiquement, leurs matériels détruits. Un journaliste qui couvrait la Pride, Rati Tsverava, a été attrapé par des prêtres orthodoxes et battu devant une église. Dès l’annonce de la Pride de Tbilissi, celle-ci était menacée par l’extrême droite et l’Église  : fin juin, l’évêque Spiridon avait appelé à se mobiliser « contre les sodomites et les gens sans vergogne [afin de] ne pas permettre à ces pervers » d’organiser la marche prévue pour le 5 juillet. Le Premier ministre s’est lui-même prononcé contre : « Tenir une soi-disant marche des fiertés n’est pas raisonnable car cela crée la menace d’une confrontation civile ». Un businessman georgien, Levan Vassadzé, avait même lancé un ultimatum au gouvernement pour faire annuler la Pride.

Ce même homme avait, en 2019, revendiqué avoir créé des milices armées de bâtons pour « chasser les homosexuels dans les rues » et un groupuscule masculiniste armé, le « Conseil des vrais hommes [pour] éradiquer le péché et l’hérésie ». Ce n’est pas le premier évènement LGBTIphobe de Georgie. En 2019, des centaines de militants d’extrême droite avaient brûlé des drapeaux arc-en-ciel à Tbilissi pour protester contre la projection dans les cinémas du film Et puis nous danserons, sur le thème de l’homosexualité.

Union européenne : des sanctions insuffisantes

Dans les dernières actualités LGBTIphobes de la Pologne, un projet de loi homophobe interdisant les marches des Fiertés vient d’arriver à l’Assemblée nationale, via une pétition qui a recueilli plus de 140 000 signatures. La Pologne fait parler d’elle depuis longtemps pour ses attaques étatiques LGBTIphobes et antiféministes. Le retour au pouvoir de l’extrême droite depuis 2015 a donné des projets discriminants comme les « zones sans idéologies LGBT » dans des centaines de collectivités locales depuis 2019 (un tiers du territoire polonais) et la « charte des droits des familles ». Ces lois permettent l’exclusion des personnes LGBTI et sont justifiées par une forte tradition catholique. La réaction européenne consiste à des pénalités économiques pour pousser aux retraits de ses lois. La Hongrie est elle aussi sanctionnée financièrement par l’Union europénne suite à une loi interdisant « la représentation ou la promotion » de l’homosexualité ou du changement de genre auprès des mineurs, adoptée en juin.

Les sanctions européennes consistent à demander le retrait de ses lois, et en cas de non respect du droit européen, la Commission pourra demander le renvoi des États devant la cours de justice et demander des sanctions financières.

Mais bien que la menace financière semble fonctionner, les lois retirées ne protègeront pas plus les personnes LGBTI contre les discriminations et les violences auxquelles elles font face dans leurs pays. Pour rappel, en Pologne, l’avortement est pénalisé sauf en cas de viol, d’inceste ou de mise en danger de la mère. Cette loi interdisant l’avortement libre continue de faire des mortes. Récemment une femme est morte de septicémie, suite à la décision des médecins d’attendre que le coeur de son fœtus cesse de battre avant de la soigner. Des sanctions financières ou discours de l’Union européenne ne changeront pas les conditions matérielles des minorités de genre et sexuelles ni leur mise en danger par les positionnements étatiques.

Ce court panorama nous permet de se rendre compte concrètement du danger d’une extrême droite au pouvoir. De fortes disparités existent entre les États européens, tant sur les lois que sur le respect des droits des LGBTI. Les lois protectrices, quand elles existent, ne sont pas forcément appliquées, les discriminations peu condamnées, et un changement de gouvernement peut les faire disparaître.

Les dangers d’une extrême droite au pouvoir

Bien que les violences patriarcales émanent de tous les bords politiques, la menace de l’extrême droite est plus forte. En obtenant des places aux assemblées, aux sénats ou dans les gouvernements européens, les partis d’extrême droite ont la voie libre pour asseoir leur LGBTIphobies. La violence devient alors étatique. Plus dure à combattre, elle n’est plus condamnable et a des ressources importantes à disposition. Il est essentiel de soutenir et de nous mobiliser dans les luttes LGBTI dès à présent, d’autant plus que la campagne présidentielle est lancée en France et les discours LGBTIphobes de l’extrême droite bien présents.

Louison (UCL Marseille) et Eden (UCL Nancy)

 
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