Antifascisme

Collectif La Horde : « Etre une boite à outils contre l’extréme droite et ses idées »

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Le collectif La Horde a sorti cet automne un jeu participatif, Antifa. Nous avons testé avec enthousiasme ce jeu et souhaitions en savoir un peu plus sur sa genèse, ses éventuels développement futurs et les projets du collectif La Horde.

Alternative liberaire : Pouvez-nous présenter le collectif La Horde  ?

La Horde : Depuis 2012, notre collectif propose, sur un site internet, de quoi accompagner la lutte contre l’extrême droite et mettre en valeur l’antifascisme  : nous publions des analyses et des infos sur les groupes nationalistes, nous relayons les initiatives des collectifs qui s’y opposent et nous proposons du matériel pour mieux comprendre (cartographie, chronologie, argumentaires) et pour se rendre visible (stickers, badges…).

On essaye d’être une boîte à outils qu’on espère utile à toutes celles et touts ceux qui se mobilisent contre l’extrême droite et ses idées. Nous participons aussi à des discussions ou des formations, à l’invitation de collectifs antifascistes. AL : Comment passe-t-on du site internet au jeu de plateau ?

La Horde :Au départ, le jeu était un outil de formation  : plutôt que de parler de l’antifascisme dans une relation verticale (quelqu’un qui raconte, les autres qui écoutent), on s’est dit que ce serait plus vivant et plus horizontal de proposer un jeu de rôle dans lequel les personnes feraient vivre un groupe antifasciste.

Cela permettait ainsi de transmettre notre expérience (tout ce qui se passe dans le jeu s’inspire d’événements ou d’anecdotes véritables) tout en mettant les gens en situation de devoir faire des choix collectivement, puisque c’est un jeu coopératif (il faut choisir les actions, les moyens pour les préparer, gérer des ressources, etc.).

AL : Combien de temps avez-vous passé sur la conception du jeu depuis l’idée de départ ?

La Horde : Le jeu a été développé pendant trois ans, et il a considérablement évolué au fil des formations au sein desquelles il a été utilisé, grâce à l’apport de tou·te·s les participant·es, militant·es ou non. Les copains de la Mare aux Diables, une association anarcho-ludique, nous ont aussi beaucoup aidé pour épurer le jeu, afin de le rendre éditable.

Il était indispensable pour nous que l’aspect politique et les exigences ludiques s’articulent entre eux : un jeu politique, OK, mais aussi un bon jeu, c’est-à-dire un jeu où on se sent impliqué·e, et où les règles sont au service du propos. AL : Des présentations du jeu ont eu lieu. Quels ont été les premiers retours ?

La Horde :Ce qui nous a motivé pour l’éditer, c’est que les gens, lors des formations, s’amusaient vraiment tout en se posant des questions, souvent on nous demandait si on pouvait laisser un exemplaire du jeu, et malheureusement ce n’était pas possible. Depuis sa sortie en librairie, début octobre, le jeu s’est bien diffusé, et on n’a eu que des retours positifs jusqu’à présent.

AL : Le jeu est uniquement destiné aux militant·es convaincu·es ou bien je peux y jouer aussi avec mon cousin soc-dem ?

La Horde :Le jeu s’adresse à tout le monde (comme on dit, «  l’antifascisme, c’est l’affaire de tou·te·s  !  »)  : son objectif premier étant de populariser les pratiques activistes et de déconstruire les idées toutes faites sur l’antifascisme, si seul·es les antifas pouvaient y jouer, il ne servirait pas à grand-chose  !

Par ailleurs, la mécanique du jeu permet d’avoir des pratiques variées (aller dans la rue ou pas, utiliser internet ou pas, etc.) sans qu’une stratégie soit immanquablement gagnante ou perdante. Par exemple, on a décidé qu’une manif était plus efficace qu’une pétition, mais d’une part les deux restent possibles, et d’autre part on a aussi pris en compte qu’une manif est plus risquée et plus aléatoire.

AL : J’ai testé le jeu et j’ai vraiment aimé. Est-ce qu’il est prévu des extensions : scénarios, personnages ?

La Horde :Le jeu propose déjà, dans sa forme actuelle, des extensions, comme par exemple les motivations secrètes, qui peuvent venir pimenter un peu le mode coopératif. On propose aussi des scénarios, et si le jeu rencontre son public, on espère qu’il y aura de l’émulation, et que de nouveaux scénarios, proposés par des joueurs et joueuses autres que nous, pourront être proposés sur notre site, dans l’espace consacré au jeu.

On est aussi en train de travailler, avec un copain informaticien, à une version numérique du jeu, mais pour l’instant c’est encore à l’état de projet.

AL : Un petit mot de Libertalia, quel a été leur rôle ?

La Horde :Avec Charlotte et Nico, qui animent les éditions, on se connaît depuis plus de vingt ans, et il était tout naturel pour nous de le faire avec eux, comme cela a été le cas au moment où on a pensé à traduire le livre de Bernd sur l’histoire de l’antifascisme allemand. Libertalia a non seulement une ligne éditoriale militante qui nous correspond, mais aussi des pratiques qui montrent leur soucis de s’adresser au plus grand nombre.

C’est grâce à eux que le jeu a pu être proposé à un tarif aussi accessible, comparativement aux jeux équivalents dans le commerce.

AL : Est-ce que d’autres types de supports sont aujourd’hui prévus pour prolonger votre travail  ?

La Horde :On a un autre projet de livre, qui ne serait pas une traduction cette fois mais un texte original, mais il est pour le moment encore au stade de l’écriture. On nous demande souvent quand sortira la nouvelle version de notre cartographie de l’extrême droite, mais là aussi, on travaille à un nouveau support, et on préfère prendre le temps de le faire bien, plutôt que de nous précipiter.

Propos recuillis par David (UCL Grand Paris sud)


DÉCRYPTAGE #2 «  REMIGRATION  »

Tous les deux mois, Alternative libertaire se propose de décrypter une expression de la novlangue d’extrême droite.

Aujourd’hui, la «  remigration  ». La remigration est un de ces néologismes dont l’extrême droite a le secret, à croire qu’à l’instar de Zemmour qui y fit ses premières armes, c’est dans les agences de pubs qu’ils vont forger leur propagande. La définition qu’en donnent les identitaires est simple et semble presque innocente, la remigration c’est nous disent-ils, l’inversion du flux migratoire. Ça fait très technique, mécanique, bref pas politique… et pourtant. L’usage de ce terme a été popularisé par les identitaires dans les années 2010.

Leur leader d’alors, Fabrice Robert, ex-militant de Troisième voie, d’Unité radicale, du FN puis du MNR organise en 2014 les «  Assises de la remigration  » qui virent entre autres Renaud Camus, Jacques Bompard, ou Jean-Yves Le Gallou déglutir leur haine. Le terme se démocratise alors et les dirigeants du FN s’en emparent : Nicolas Bay, Louis Aliot et même Marine Le Pen avant de l’abandonner très rapidement, le jugeant sans doute peu compatible avec son entreprise de dédiabolisation.

Peu importe le succès est au rendez-vous. Renaud Camus et Éric Zemmour s’en font les zélés propagateurs. En 2019, c’est une candidate de Debout la France, qui se dit prête à «  poser la « remigration » sur la table  ».

Mais ne nous y trompons pas le sens qui est entendu par ceux qui l’utilisent est un poil plus radical que cet enrobage mécaniste d’inversion des flux, la remigration signifie ni plus ni moins que le déplacement forcé de populations entières. Une idée somme toute pas si nouvelle à l’extrême droite. V. Klemperer


 
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