Syndicalisme

Sophie (CNT), People & Baby : « beaucoup de fatigue, oui, mais aucun regret ! »

Version imprimable de cet article Version imprimable


La halte-garderie People & Baby de Paris 13e c’est une lutte au long cours, débutée en 2009. Aujourd’hui, les patron·nes veulent faire cracher 145 000 euros à cinq salariées qui les avaient fait condamner aux pru­d’hommes en 2017. En appel, la justice leur a en effet ordonné de rembourser les indemnités ! Explications.

AL : Salut Sophie, peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé cet été  ? Nous en étions resté·es à votre victoire aux prud’hommes...

Sophie : En 2017, après sept années de précarité, le tribunal nous (Assia, Cindy, Virginie Marion et moi) avait enfin donné gain de cause en condamnant People & Baby à nous verser des indemnités. C’était enfin la reconnaissance pour nous de la discrimination syndicale que nous avions subies alors que nous venions de nous syndiquer à la CNT pour réclamer de meilleures conditions de travail et dénoncer la privatisation de la petite enfance.

Cet été, en appel, l’entreprise a, contre toute attente, obtenu l’annulation du jugement prud’homal. Nous devons à présent restituer ces indemnités obtenues en dédommagement du préjudice financier et moral subi onze ans plus tôt, soit 26 000 à 45 000 euros chacune, au total 145 000 euros en incluant les frais d’huissiers ! Nous avons eu affaire à une justice bourgeoise représentée par une juge qui a balayé notre dossier d’un revers de main, préférant la logorrhée patronale aux éléments flagrants rapportés par l’inspection du travail. AL : Comment envisagez-vous la suite ?

Sophie :Concrètement, notre priorité est de restituer cette somme, sur laquelle courent des intérêts délirants, et de gagner en cassation pour que cela cesse : cela va faire onze ans qu’une entreprise nous fait payer le simple fait de nous nous être syndiquées, et de nous être mises en grève. Parallèlement, nous continuons de dénoncer la privatisation et la détérioration des conditions de travail dans la petite enfance.

AL : Vu les embûches, vous arrive-t-il de regretter d’avoir monté cette section syndicale ?

Sophie :Non. Encore aujourd’hui, aucune de mes camarades ni moi-même ne regrettons ce choix, même si nous avons souffert de tout ça. Nous restons très unies, et nous savons que l’ennemi à abattre, c’est le patronat. Nous avons aussi connu de grands moments de solidarité.

L’occupation du siège social de People & Baby, avenue Hoche, avec de nombreux soutiens, alors que quelques jours avant nous avions été expulsées de notre lieu de travail sans même pouvoir récupérer nos affaires personnelles, en pleurs, devant les enfants dont nous nous occupions depuis plusieurs années... Rien que cela, occuper leurs locaux pendant plusieurs jours et démontrer la force que peut représenter un syndicat, ce fut à mes yeux un moment unique. Alors, beaucoup de fatigue, oui, mais aucun regret !

Propos recueillis par David (Grand-Paris sud)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut