Interdiction du Mon-810 : Une victoire sur les OGM

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La France a activé la clause de sauvegarde sur la culture du maïs Mon-810. Pourtant, à l’issue du Grenelle de l’Environnement, l’adoption de cette disposition était loin d’être acquise. Aujourd’hui, le dossier est entre les mains de la Commission européenne et du Parlement. Les multinationales vont tenter d’obtenir le rejet de cette clause et continuent d’importer des milliers de tonnes d’OGM.

À l’issue du Grenelle de l’Environnement et dans l’attente d’une loi, il n’était question d’un gel du Mon-810 que jusqu’au mois de février, c’est-à-dire avant les semis 2008. Dès décembre, la Confédération paysanne et Greenpeace avaient claqué la porte de la Haute Autorité chargée de faire des propositions au Parlement en ce sens.

Dans les régions, des actions ont été menées, comme en Bretagne, où des dépôts de nutrition animale de la Coopagri et de Guyomac’h ont été bloqués par des militantes et des militants pour marquer leur refus de voir le maïs dégelé après février 2008. Ils et elles s’opposaient également à l’importation de 500 000 tonnes de maïs et de soja OGM importés d’Amérique du Sud pour l’alimentation des élevages.

Début janvier, une grève de la faim a été organisée à Paris autour de José Bové pour exiger l’activation de la clause de sauvegarde. Des manifestations de soutien aux jeûneurs ont eu lieu dans une vingtaine de villes le 12 janvier. Mais dès le 9 janvier, le président de la Haute Autorité évoquait des « doutes sérieux » quant à l’usage du Mon-810. Le lendemain, 12 scientifiques et 2 non-scientifiques de la Haute Autorité déclaraient que le terme de « doutes » allait au-delà de l’avis rédigé. La polémique a enflé pour se dégonfler le lendemain : un communiqué publié tardivement par l’Élysée annonçait enfin l’activation de la clause de sauvegarde.

Un essai à transformer

Cette prise de position est incontestablement une victoire politique des Faucheurs volontaires d’OGM et des associations environnementalistes, qui ont maintenu la pression jusqu’au bout. Les manifestations, maintenues au lendemain de la décision présidentielle, ont été un succès. Pour les associations et organisations paysannes (Confédération paysanne, Fédération nationale de l’agriculture biologique, apiculteurs), une manche a été gagnée.

Pourtant, la méfiance reste de mise : Sarkozy pourrait bien avoir botté en touche. Selon Le Monde, la Commission européenne pourrait refuser l’argumentation de la clause de sauvegarde au motif que la dissémination de pollen ne saurait justifier son activation. Cependant, nul ne peut empêcher le dépôt d’une clause mal étayée. Les procédures étant longues – jusqu’à huit ans – cela laisse le temps de voir venir. Par ailleurs, la coexistence des cultures (chimique, transgénique ou biologique) doit être légiférée par les États membres, ce qui devrait être fait en France à partir du 5 février au Sénat. Enfin, il faudra compter sur la réaction des agro-capitalistes. Des recours juridiques seront certainement déposés par des transgéniculteurs et des industriels. En attendant, les OGM d’importation restent toujours commercialisés sur le marché.

Si la culture du seul maïs OGM Mon-810 est désormais interdite en France, ces produits seront encore largement utilisés sur le territoire. Ainsi, le ministère de l’Agriculture a validé l’importation des 500 000 tonnes de soja et de maïs venant d’Amérique latine.

Scandale de l’alimentation animale

Au Brésil, 86 % de ces productions seraient génétiquement modifiées. Ces produits débarqués dans les ports de Bordeaux, Saint-Nazaire, Lorient et Brest sont destinés à l’alimentation des élevages de porcs, de volailles et du bétail du Sud-Ouest et de l’Ouest. Les fournisseurs d’alimentation animale ne disposent de filières non OGM que de façon marginale (de 0 à 5 %). Ils imposent aux éleveurs des aliments génétiquement modifiés. Les grandes surfaces vendent ainsi quotidiennement des tonnes de produits animaux (porcs, volailles, boeufs, produits laitiers, œufs) issus de l’agriculture transgénique.

Erwan (AL Finistère)

 
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