Liban : grève illimitée dans les facs.

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L’université libanaise (UL), première université publique, dans un pays qui regorge d’universités privées, est en grève illimitée. Une grande manifestation a eu lieu le 12 décembre paralysant tout Beyrouth. Récit de nos camarades communistes libertaires libanais(es).

C’est la manifestation la plus importante depuis la fin de la guerre. C’est un véritable « référendum populaire », aux dires du président de la Ligue des enseignants, Charbel Kfoury. Comme prévu la veille par les organisateurs, la marche de protestation décidée conjointement par les professeu(ses)rs et les étudiant(e)s de l’université a rassemblé quelque 15 000 personnes. Uni(e)s par des revendications sociales, les manifestant(e)s se sont relayé(e)s pour conspuer le gouvernement Hariri, accusé de « chercher à détruire » l’université publique au Liban et de mener le pays à la faillite.

La Ligue des enseignants a pour sa part affiché sa satisfaction de voir que l’appel lancé la veille à l’ensemble des Libanais(es) a été largement entendu, aussi bien par le corps professoral et les étudiant(e)s, venu(e)s en bus de toutes les régions libanaises, que par l’ensemble des formations politiques. « C’est une journée mémorable dans l’histoire de l’université et du pays », dira C. Kfoury devant les journalistes avant de promettre une prochaine escalade si les revendications ne sont pas satisfaites.

Large rassemblement

À l’exception du courant du Futur (haririen) qui a boycotté l’événement, tous les partis politiques - du Hezbollah chiite à l’opposition chrétienne en passant par toutes les formations de gauche - étaient présents, ce qui constitue un précédent. Quelques jeunes des universités privées étaient également au rendez-vous. Dans un geste hautement symbolique, les étudiant(e)s des universités américaine et française (USJ) sont venu(e)s se joindre aux manifestant(e)s, histoire de rappeler que la défense de l’enseignement est l’affaire de toutes et tous.

Entre le pont de Barbir, point de départ de la marche, et la place Riad el-Solh, point de convergence, un immense cordon humain s’est formé sous un tapis de banderoles réclamant une amélioration des conditions d’enseignement et l’autonomie de l’université vis-à-vis du pouvoir politique. La réhabilitation des conseils de faculté de l’université, par le biais d’une loi, seule garantie de la démocratisation de l’institution universitaire, revenait comme un leitmotiv dans toutes les bouches.

Encadrés par les forces anti-émeutes déployées en nombre, les étudiant(e)s scandaient des slogans hostiles au Premier ministre et au gouvernement auxquels elles/ils imputent la respon- sabilité de la dilapidation des fonds publics et l’anéantissement de l’UL. Mobilisé(e)s pour une cause qui, disent-ils/elles, transcende les seules revendications du corps professoral, les étudiant(e)s ont unanimement dénoncé les conditions dans lesquelles ils/elles sont obligé(e)s de poursuivre leurs études : délabrement des locaux et des laboratoires de la faculté, retard dans l’ouverture du budget de l’université, manque d’argent à la mutuelle des professeurs, etc.

Des étudiantes du Hezbollah ont défilé aux côtés des gauchistes portant des t-shirts à l’effigie de Che Guevara et d’autres de l’opposition chrétienne. Celle-ci était notamment représentée par les aounistes et les Forces libanaises qui avaient appuyé depuis quelques jours le mouvement de grève.

« Nous voulons un gouvernement de patriotes et non une bande d’escrocs », « Hariri, capitaliste, voleur », « Non à l’intervention des politiciens dans le destin de l’UL », scandaient en chœur les étudiant(e)s. Arrivée à destination avec quelques minutes de retard, la délégation de l’USJ a été accueillie par des ovations.

Le pouvoir contesté

Pour marquer cet esprit « d’unité nationale » dont les organisateur(trice)s ont fait leur cheval de bataille, les manifestant(e)s ont crié : « Musulmans et chrétiens, tous unis pour sauver l’université des pauvres. »

Mais la présence de certaines personnalités (députés) était dénoncée : que font-ils aujourd’hui parmi nous, ceux-là mêmes qui votent tous les ans une réduction du budget de l’université ", se sont interrogés les quelques militant(e)s gauchistes, minoritaires mais efficaces (communistes rénovatreurs, trotskystes, libertaires, guevaristes, vert(e)s...).

C’est toute la question des contre-réformes dans son ensemble qui est aujourd’hui en jeu. Soulignant que le budget annuel d’un(e) étudiant (e) est de 1 400 dollars dans les pays en développement et de 2 000 dans les pays industrialisés, on se demande comment celles et ceux de l’UL peuvent survivre avec moins de 700 dollars.

La section estudiantine au sein du parti Kataëb (NDLR : phalangistes, opposition chrétienne) s’est également prononcée en faveur des grévistes.

Mais à vrai dire derrière l’importance de cette manif se cache l’amertume généralisée due à la situation économique et politique (mainmise syrienne) que vit le Liban depuis plusieurs années. D’autre part d’autres professeur(se)s ne manquent pas de signaler que le mal se trouve aussi chez certains professeurs de la maison elle-même : les directeurs, doyens et recteurs sont parachutés d’en-haut (pas d’élection). Comment ces professeurs acceptent-ils d’être nommés ainsi par les tuyaux confessionnels avec toujours l’accord des Syriens ?

Al Badil al chououii al taharruri (Alternative communiste libertaire Liban)

 
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