Antiracisme : Quelles suites à la mobilisation du 5 avril ?

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Le 5 avril a été marqué par une mobilisation nationale contre la xénophobie d’État et pour l’égalité et la solidarité entre Français-e-s et immigré-e-s à l’initiative d’Uni-e-s contre une immigration jetable (Ucij), du Réseau éducation sans frontières (RESF) et des collectifs de sans-papiers.

La manifestation qui s’est déroulée à Paris a rassemblé 20 000 personnes. D’autres manifestations ont eu lieu dans une dizaine de villes rassemblant environ 10 000 personnes. La mobilisation se situe donc à peu près dans les mêmes eaux que celle du 20 octobre contre la loi Hortefeux.

Alternative libertaire, qui fait partie des organisations les plus actives dans Ucij, a proposé un cadre plus large que celui du 20 octobre afin de permettre une participation plus massive. La date du 5 avril intervenait suffisamment en amont des projets liberticides que le gouvernement français et les États de l’Union européenne comptent faire adopter dans les semaines et mois à venir :

– projet de directive européenne portant le délai de rétention à 18 mois et incluant une interdiction de territoire européen pouvant aller jusqu’à 5 ans, y compris pour les mineur-e-s ;

– projet de confier les décisions aux préfectures en matière de naturalisation ;

– projet de réformer la constitution pour instaurer des quotas d’immigration ;

– création de tribunaux spéciaux pour juger l’entrée, le séjour et l’expulsion des étrangères et des étrangers.

Dans ce cadre unitaire, nous avons fait valoir qu’il ne fallait pas limiter la mobilisation à la lutte des sans-papiers mais y inclure l’ensemble des migrants et s’adresser aussi bien aux travailleuses et tavailleurs français qu’immigré-e-s car le racisme d’État tue les droits de toutes et tous. Pas mal d’ingrédients étaient donc réunis pour que la mobilisation soit plus importante que d’habitude mais il n’en a rien été dans la mesure où la plupart des organisations de gauche et d’extrême gauche avaient la tête complètement ailleurs (élections, recompositions politiques). Idem pour les organisations syndicales dont la mobilisation était discrète. La FSU a été inexistante. Solidaires a apporté une aide logistique non négligeable mais a rassemblé peu de monde dans son cortège. Le cortège syndical le plus nombreux était celui de la CGT reposant essentiellement sur les efforts de quatre unions départementales dont celles de Paris et de l’Essonne, à la pointe des luttes des travailleurs sans papiers. En revanche la Confédération CGT s’est mise en retrait. Une grande partie des manifestant-e-s arboraient les couleurs de RESF. Sinon, ce sont les collectifs de sans-papiers, ainsi que les petites et moyennes organisations qui ont fourni l’essentiel du travail de mobilisation.

À noter que le courant libertaire était le principal courant politique présent à Paris et dans plusieurs autres villes (Montpellier, Marseille, Lyon). À Paris, le cortège libertaire (rassemblant CGA, FA, AL, OLS, OCL, No Pasaran, suivis de la CNT) a rassemblé pas moins de 700 personnes voire un millier au plus fort de la manifestation.

L’enthousiasme que suscitent les grèves de travailleurs-ses sans papiers est réjouissant mais pour qu’elles débouchent sur des victoires durables, il va falloir œuvrer à une convergence avec les luttes de la jeunesse et des autres salarié-e-s, et briser le silence qui entoure les projets de lois et de directives.

Laurent Esquerre

 
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