Lot-et-Garonne : La désertification rurale n’est pas une fatalité

Version imprimable de cet article Version imprimable


EDF, hôpital, équipement, télécom, éducation... presque tous les ans, la petite ville de Nérac voit un service public remis en cause. Pourtant, des luttes peuvent s’organiser localement pour contrer cette logique de casse dans les régions rurales.

Depuis l’année dernière, c’est la SNCF qui restreint ses activités basées dans la région, avec tout d’abord la fermeture du service de billetterie de la gare de Nérac. Pourtant une mobilisation significative s’est développée pour refuser cela : rassemblement, pétition, manifestation à la gare d’Agen ... Un comité d’usagers et usagères de 150 personnes s’est ainsi constitué. La mairie et la SNCF ont alors négocié une solution pour contourner le large refus de la population : elles ont proposé le transfert de la billetterie au syndicat d’initiative de la ville. Le comité d’usagers a dénoncé en vain cette solution qui n’en est pas une, la baisse du service rendu, sa non pérennité, le transfert de charges sur les finances de la ville ... En vain ! La mobilisation s’est ensuite affaiblie, et la fermeture de la gare de Nérac a pu se concrétiser. Un an après cette fermeture, le bilan est simple : on constate une baisse de 30 % de l’activité de vente de billets ! Alors que la SNCF n’a jamais invoqué un quelconque manque de rentabilité pour fermer le guichet, mais tout simplement un plan national de suppression d’emplois, la dégradation de l’activité pourrait maintenant causer la suppression pur et simple du service.

Grenelle et poudre aux yeux

Le cru 2008, c’est la fermeture programmée du fret ferroviaire et l’abandon de l’entretien des voies qui passent à Nérac. Les conséquences de cette fermeture inquiètent beaucoup. Car les convois ferroviaires, ce sont certes des trains de céréales, mais surtout des trains de gaz qui approvisionnent une entreprise voisine (Sogebal). L’abandon du fret, ce sera 1 000 camions de plus chaque année sur les routes de Nérac, dont 700 camions de 20 tonnes de gaz. L’accroissement du risque, lié au transport de gaz par la route, révolte donc de nombreux habitants. Sans parler de la détérioration accrue des routes, des coûts supplémentaires pour les finances des collectivités locales, de la fragilisation de certaines activités économiques ...

Cette fermeture démontre une fois de plus le peu de crédibilité des « engagements » de l’État en faveur du ferroutage lors du Grenelle de l’environnement. La SNCF, qui applique des directives d’État, se moque comme d’une guigne de la lutte contre le dérèglement climatique ou de l’aménagement du territoire, et n’a qu’une priorité : se recentrer sur les activités les plus rentables !

Des usagers et usagères contre la désertification rurale

Ce projet n’est pour le moment pas encore rendu public par la SNCF. L’information a seulement été diffusée aux élus du personnel de la SNCF, puisque des emplois de cheminot-e-s sont en cause. La mobilisation, à l’initiative du syndicat et de l’union locale CGT et du comité d’usagers, se met cependant en place, avec une conférence de presse, une distribution de tracts et une réunion publique pour informer la population.

Les premiers débats ont montré la volonté de ne pas en rester à la simple résistance. Le comité d’usagers veut faire réellement prendre en compte par la SNCF la priorité aux transports collectifs. Car aujourd’hui les transports collectifs à Nérac sont quasi-inexistants. Seuls quelques cars privés permettent de se rendre à Agen, avec des tarifs élevés et des horaires peu encourageants. La question est d’obtenir une « convention TER », qui permettrait une baisse des tarifs, des horaires plus réguliers et cohérents avec ceux de la SNCF ... La mobilisation de la population ne fait que commencer. De multiples convergences sont possibles sur ce sujet, pour en faire un symbole important au niveau local.

Jacques Dubart (AL Agen)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut