Stages : Les étudiants en ont assez du bénévolat forcé

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Le développement des stages est une problématique qui touche l’ensemble de la jeunesse car elle ne se limite plus aux formations professionnalisantes et se développe dans les formations générales.

Nous savons qu’un étudiant ou étudiante sur deux, tous cursus confondus, doit se salarier pour financer ses études (hors job d’été) et que malgré cela 100 000 étudiants et étudiantes vivent sous le seuil de pauvreté. Comment concilier alors un stage de 35 h par semaine non rémunéré et un job étudiant pour subvenir à ses besoins ? La semaine de 48 h serait-elle la norme ?

C’est une sorte de bénévolat subi que l’on impose désormais aux étudiantes et aux étudiants sous couvert de lutte contre le chômage et la précarité. Les stages sont présentés par le patronat comme la réponse à ces problèmes et masquent les raisons réelles de ce nouveau mode d’employabilité : le développement d’une main-d’œuvre qualifiée, quasi gratuite, et ajustable à la conjoncture économique.

Cette rhétorique est par ailleurs allègrement exploitée par les services publics comme l’Éducation nationale car le recours aux stages leur permet des économies substantielles (des étudiant-e-s en stage = des heures de cours à assurer en moins donc des salaires en moins…). Dans le cadre de la LRU, les universités ont la possibilité de passer des conventions avec les entreprises privées, une sorte d’échange de bons procédés, main-d’œuvre contre moyens de financement, pour palier à la désertion de l’État. Le calcul coût/ avantage est vite fait !

Il est nécessaire de rappeler que tous les jeunes en formation participent pleinement (par les stages, par la production de mémoires ou de thèses, par des petits boulots,…) à la création de richesses comptabilisées dans le PIB.

Tout travail mérite salaire !

C’est donc à juste titre qu’une partie doit être reversée à ces travailleurs et travailleuses en formation de la même façon que les salarié-e-s touchent un salaire socialisé à la retraite. Ce salaire, revendiqué par Sud-Étudiant, permettrait de mettre fin à la sélection sociale et économique dans l’enseignement supérieur, qui ne peut être résolue par un système de bourses insuffisant et de plus en plus discriminant. L’émancipation des jeunes vis-à-vis de leur famille, qu’elle soit dans la mesure de les soutenir ou non, est aussi au cœur de cette revendication. Le salaire social étudiant serait prélevé sur les cotisations patronales et salariales et redistribué à hauteur du SMIC net. Cela coûterait 22 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB. Ce qui parait beaucoup pour les caisses de l’État, ce qui n’est en réalité rien comparé au 15 milliards d’exemptions fiscales des patrons et aux 40 % d’augmentation de leurs revenus en 2007, ou aux 40 % de fraudes fiscales qui ne sont pas recouvrées par l’État. Eh oui de l’argent il y en a dans les caisses du patronat !

Ce salaire social pour la jeunesse en formation peut sembler aussi utopique qu’était l’idée des retraites avant 1945. Mais il ne sera possible que par une réelle politique de redistribution des richesses à l’avantage de tout le salariat.

Mathilde (AL Rennes)

 
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