Espagne : Aznar attaque la liberté d’expression

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Héritier du franquisme, le Parti populaire confronté à la colère de la majorité de la population espagnole pour son soutien à la guerre en Irak et son attitude criminelle dans l’affaire du Prestige veut restreindre les libertés démocratiques pour faire taire la contestation.

Quand celles et ceux qui ont vécu la période du franquisme parlent du Parti populaire (PP) et de son leader le Premier ministre Aznar, ils/elles les appellent bien souvent « les fascistes ». Pareil terme peut étonner et en choquera plus d’un(e) en France. Pour qui connaît bien l’histoire de l’Espagne, cela n’a pourtant rien d’excessif.

Le Parti populaire a pris la suite dans les années 90 de l’Alliance populaire, parti né pendant la « transition démocratique » et directement issu des ruines du franquisme. Dirigé dès ses débuts par Manuel Fraga Iribarne, ancien ministre de Franco, et président du conseil régional de Galice, il recycle la plupart des cadres politiques du franquisme, et recrute notamment parmi ces mêmes cadres des jeunes qui ont adhéré à la dictature fasciste dans les toutes dernières années du règne sanglant du caudillo (mort en novembre 1975). José Maria Aznar est de ceux-là. Sans adhérer à des mouvements comme la Phalange, il écrit dans des publications étudiantes au début des années 70 des articles qui témoignent d’une adhésion aux valeurs et à la politique de la dictature.

El País, le grand quotidien proche du Parti socialiste espagnol s’en est fait l’écho il y a quelques années.

Il faut aussi rappeler les liens qui unissent le PP à la très réactionnaire Opus Dei (franc-maçonnerie catholique d’extrême droite) dont Federico Trillo,ministre de la Défense, est membre.

Un franquisme jamais renié

Comme dans le reste de l’Europe, Aznar mène une politique attentatoire aux libertés que ce soit contre les étrangers ou plus largement dans les domaines de l’antiterrorisme et du sécuritaire.

Mais le PP apporte une touche de plus par rapport à des gouvernements comme celui de Raffarin. Ainsi il a toujours refusé de voter la moindre motion condamnant le franquisme aux Cortès (Assemblée nationale).

Pire encore, en 1999, le PP élabore un projet de loi rétablissant l’autorisation préalable de parution pour la presse, autrement dit la censure. Ce projet rencontre un tel tollé dans toute la presse et dans l’opinion espagnole qu’il est alors retiré.

Fortement contesté et objet d’un rejet massif de sa politique proguerre contre l’Irak, en butte à la révolte d’une partie de la jeunesse massivement opposée à la guerre et à une radicalisation des manifestations de rues (nombreuses attaques de sièges du Parti populaire en mars et en avril dans toute l’Espagne), Aznar et le PP ont décidé de réagir très fortement.

Ils envisagent de faire voter un projet de loi particulièrement liberticide puisqu’il vise à modifier le code pénal militaire et propose que toute participation publique à des actes d’opposition à une situation de conflit militaire soit punie de peines de prison de 1 à 6 ans. Des civils pourraient donc se retrouver devant des tribunaux militaires.

Les propositions de cette loi représentent une sévère limitation de la liberté d’expression.

Selon El País, la sanction s’appliquerait non seulement aux actions menées contre un engagement militaire direct de l’Espagne, mais aussi aux actions menées « contre une puissance alliée ». Si ce projet de loi est approuvé, des millions d’Espagnol(e)s qui ont défilé dans les rues contre la guerre en Irak seraient passibles d’une condamnation pour « défaitisme » par un tribunal militaire. face au très nombreuses protestations, ministres et représentants du PP ont dit que ce texte n’était qu’un brouillon et que le gouvernement ne légifèrerait pas de la sorte.

Sous le masque du libéralisme aznarien se cache bien celui d’un fascisme jamais renié.

Pour imposer sa politique de pillage des richesses, le capitalisme, lorsqu’il n’arrive plus à obtenir le consensus, emploie les méthodes propres à tous les régimes autoritaires. En Espagne comme ailleurs.

Laurent Esquerre


<titre|titre=Pays basque: L'État espagnol sélectionne les candidat(e)s aux municipales>

La Cour constitutionnelle espagnole a invalidé 225 des 241 listes présentées par la Plate-forme pour l’autodétermination en Navarre et au Pays basque à l’occasion des élections municipales du 25 mai. Des listes qui rassemblent des candidat(e)s issu(e)s de Batasuna, le parti basque lié à l’ETA, interdit il y a quelques mois par l’État et la justice espagnole.

Batasuna a été interdit principalement pour n’avoir pas condamné les attentats de l’ETA.

Nous avons toujours dénoncé le projet de société autoritaire de l’ETA et des méthodes qui confondent lutte contre l’État espagnol et violence aveugle dirigée y compris contre des citoyen(ne)s espagnol(e)s n’ayant rien à voir avec les partis de gouvernement.

En revanche, nous pensons qu’il ne faut pas faire preuve de faiblesse pour combattre la politique dictatoriale que les autorités espagnoles emploient pour faire taire le courant nationaliste incarné par Batasuna. Sous couvert d’antiterrorisme, l’État espagnol fait fermer des locaux, des journaux nationalistes basques et bafoue la liberté d’opinion.

 
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