Haïti sous le feu des impérialismes

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Alors qu’un précédent article sur Haïti paru dans Alternative libertaire de mars 2004, « Duvalier-Aristide de Charybde en Scylla » se polarisait trop sur ces tristes individus en laissant dans l’ombre les causes profondes de la situation haïtienne, nous nous attacherons ici à présenter les politiques impérialistes, françaises et US dont ce pays est victime.

L’histoire d’Haïti est profondément marquée par la domination coloniale, française tout d’abord, l’indépendance intervenant en janvier 1804 après d’âpres luttes, et étasunienne, l’île subissant des invasions à répétition des USA.

Après l’indépendance, l’État français exige le versement de sommes très importantes pour « indemniser » les anciens colons contraints d’abandonner les terres qu’ils faisaient cultiver aux Haïtiens. Cette rançon a été mise en place durant presque un siècle et demi, réduisant Haïti à la misère et ouvrant la route à des « sauveurs providentiels », des despotes, successivement soutenus par le clergé catholique et se renversant dans le sang les uns les autres.

Pour l’impérialisme US, Haïti revêt avant tout une grande importance stratégique, un œil sur les Antilles néerlandaises et françaises, le Venezuela (et ses ressources pétrolières) dans la ligne de mire, et politique, avec la proximité de Puerto Rico, officiellement « État associé » de ces mêmes États-Unis. Puerto Rico tendant de plus en plus à s’émanciper, le but des États-Unis est d’éviter que l’indépendance d’Haïti et de Saint-Domingue ait un effet contagieux.

Dès 1915, les États-Unis prennent le prétexte de l’assassinat du président haïtien Jean Vilbrun pour envahir l’île, l’occupation dure jusqu’en 1934, permettant à des fantoches de régner sur le pays avec la bénédiction de Washington. La constitution promulguée autorise la possession de terres par des étrangers (comprendre des Américains), avec pour conséquence une déforestation à outrance et l’importation de riz pour le bénéfice de grosses compagnies agro-alimentaires américaines, alors que Haïti s’en nourrissait en autosuffisance. Ce pillage conduit à la ruine de nombreux paysans, d’autres se reconvertissant dans la culture de la coca, plus rémunératrice.

La chute d’Aristide

À l’occasion du récent départ forcé du président Aristide, la France s’est retrouvée main dans la main avec les USA, espérant ainsi reprendre pied dans l’ancienne colonie. Les « nouveaux maîtres » du pays sont clairement les hommes du colonialisme occidental. Guy Philippe, un des chefs des insurgés, est un ancien membre des forces armées haïtiennes, entraîné ensuite en Équateur par la CIA elle-même. Henri Bazin, nommé ministre de l’Économie et des Finances, cadre de la Banque mondiale, est un ancien proche du dictateur Duvalier. Haïti se retrouve sous la tutelle des États-Unis, avec le soutien actif de la France, qui ont tous deux pour objectif de renforcer leur contrôle de la région et de contraindre le pays à répondre encore davantage aux exigences du FMI et de la Banque mondiale.

Ngoc

 
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