Après les Européennes : Tronche en biais et gueule de bois

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Les élections européennes n’intéressaient personne et par conséquent n’ont servi à rien.

En disant que les résultats n’influeraient en rien sur la politique gouvernementale, Chirac n’a créé aucune surprise. Il n’a fait qu’exprimer la pensée profonde de nos gouvernants, à savoir que les élections ne sont qu’une façade démocratique et que le rôle des politiciens est de défendre contre vents et marées les intérêts de la bourgeoisie et de ses groupes de pression.

Une position qui ne peut que conforter l’abstention et accroître la crise de la représentation politique sans pour le moment déboucher sur une alternative dont la dynamique est ailleurs.

Les élections passées, le gouvernement et le Medef ont jusqu’à 2007 un boulevard pour détruire nos droits, faire évoluer le salariat vers le « précariat » généralisé et accroître les profits et le pouvoir de la bourgeoisie, tout cela avec la « neutralité » bienveillante du Parti socialiste.

La seule embûche qui pointe à l’horizon est celle d’un hypothétique référendum sur la constitution européenne. Une constitution qui garantit les seuls droits des possédants et consacre le pouvoir des oligarchies régnantes en Europe. Une constitution qui pourrait devenir synonyme de crise politique en Europe si elle était rejetée dans un ou plusieurs pays à l’occasion de référendums. À part en Grande-Bretagne, l’organisation de référendums reste à conquérir de haute lutte car nos gouvernants redoutent cette épreuve et préféreraient, à l’image de Chirac, régler ce problème par un vote à l’Assemblée nationale. La quasi-totalité des gouvernements européens ayant été battus lors des élections européennes, il reste à savoir s’ils se moquent totalement du degré d’adhésion à leur constitution où s’ils recherchent encore à se donner un vernis démocratique en consultant les peuples.

Sécu : une défaite sans combat

En France, alors que la mobilisation pour la défense de l’assurance-maladie n’a jamais décollé et que le gouvernement s’apprête à faire voter sa loi tranquillement pendant l’été, un jeu de dupe est à l’œuvre en ce qui concerne l’avenir d’EDF-GDF. Dans les deux cas, les confédérations syndicales ont privilégié la négociation.

C’est dans les cabinets ministériels et à l’abri des caméras que la CGT a tenté de négocier l’organisation d’élections aux caisses de Sécu en lieu et place de la gouvernance voulue par le Medef et dominée par l’État et le patronat des assurances.

Ébranlé par son échec aux élections régionales, le gouvernement a cherché à gagner du temps en faisant croire à la CGT qu’il y avait des marges de négociations à prendre. La partie de dupes a pris fin le 1er mai quand, face à la faiblesse des manifestations syndicales, le gouvernement a eu l’assurance qu’il n’aurait pas à faire face à l’agitation sociale de l’an dernier. Un pronostic confirmé le 5 juin dernier avec l’échec retentissant de la journée d’action pour la défense de l’assurance-maladie ponctuée de faibles manifestations dans lesquelles pas une seule organisation syndicale n’a demandé le retrait du plan Douste-Blazy.

Même scénario à EDF-GDF où la CGT majoritaire a excellé une fois de plus dans le double langage. Il y a quelques mois, Bernard Thibault se faisait acclamer par le congrès de la fédération mines et énergie CGT à Biarritz en annonçant à la tribune que la CGT ne laisserait jamais personne casser le statut des électricien(ne)s-gazier(e)s...

À l’instar des autres fédérations de cette branche, la CGT n’a à aucun moment cherché à organiser la confrontation. Elle a là encore opté pour la négociation d’un aménagement du statut tout en soutenant le contraire auprès de ses troupes. L’opposition CGT (cadres de l’UFICT-CGT, militant(e)s de la LCR) a surtout privilégié la bataille interne, là où il aurait fallu lancer une véritable campagne d’opinion (dès le vote référendaire majoritaire contre le changement de statut et la privatisation des retraites en janvier 2003) et entraîner les adhérent(e)s dans la préparation d’une grève générale contre la privatisation. C’est la voie qu’a choisie la seule fédération SUD Énergie, qui a réussi à fédérer autour d’un appel contre la privatisation et pour la grève générale des milliers de syndicalistes, toutes organisations confondues. Mais SUD possède encore des forces trop limitées dans ce secteur pour faire basculer les bataillons cégétistes dans une stratégie d’affrontement. C’est pourquoi l’action directe (coupures, occupations, rétablissement de courant pour les usagers endetté(e)s) quoique spectaculaire a été limitée et est intervenue trop tard.

Après les retraites, ces deux échecs constituent deux lourdes défaites pour les opprimé(e)s de ce pays. Ils constituent également un revers cinglant pour la stratégie de la CGT qui a beau nous dire que les dossiers ne sont pas définitivement refermés (en donnant l’exemple des chômeurs(ses) et des intermittent(e)s), il n’empêche que les résultats sont là et ils sont désastreux pour des millions de salarié(e)s.

La force tranquille de la nouvelle « gouvernance »

Ces défaites ne pourront faire l’économie d’un bilan critique dans toutes les organisations syndicales y compris lorsqu’elles se prétendent parmi les plus combatives.

On pense à Solidaires, dont toute la stratégie a consisté à essayer de faire pression sur la CGT ou à s’appuyer sur les experts d’ATTAC sans impulser de stratégie d’action, à l’exception de SUD Énergie et SUD Protection sociale. Ainsi, si un plus gros effort a été fait pour former les militant(e)s sur les questions de santé et de protection sociale, il n’a pas été prolongé au-delà.

L’absence de mobilisation réelle et le succès limité des collectifs Sécu, qui pouvaient tout au plus servir d’aiguillon mais pas se substituer aux équipes syndicales, ne pouvaient en aucun cas entraîner de débordements et inquiéter les bureaucraties syndicales.

De plus, là où les antennes locales du Medef avaient dû essuyer des attaques de grévistes opposé(e)s au projet de loi Fillon en 2003, les patronats des assurances et des industries pharmaceutiques ont été totalement épargnés, aucune action ne venant remettre en cause leurs pratiques et leur place dans l’actuel comme dans le nouveau dispositif de l’assurance-maladie.

Si les parlementaires UDF et UMP ont été pris à partie par les électri-cien(ne)s-gazier(e)s d’EDF-GDF, ils/elles ont pu constater que personne ne leur demanderait de compte sur la mise à mort de la Sécu à laquelle ils/elles s’apprêtent à procéder.

Voyant en janvier dernier que le travail d’information syndicale n’avait pas même débuté sur la question, un de mes collègues de boulot dépité me confiait que dans ces conditions, on n’avait plus d’autre perspective que de choisir une assurance privée.

Cynique ? Certainement. Mais terriblement réaliste.

Laurent Esquerre

 
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