Hommes-femmes : Moins de ménage, moins de chômage !

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Quand les médias parlent des femmes au travail, ils oublient de manière quasi-systématique les tâches domestiques.

Toute société doit, pour survivre, créer des êtres humains (reproduction) ; ainsi que des biens et des services (production) destinés à être utilisés (consommation). « Dans l’économie paysanne classique une grande partie des biens consommés par la famille était produite par elle : elle absorbait directement une partie de sa production. […] Il y a un continuum entre production et consommation. » [1]. Du labour du champ, jusqu’à la cuisson du pain en passant par la récolte du blé, « aucune de ces opérations n’est utile sans les autres, l’objectif étant la consommation finale. […] Il est donc absurde d’introduire une coupure dans ce processus. »

C’est absurde ! Et pourtant c’est ce qui est fait quand on parle des inégalités hommes-femmes vis-à-vis du travail. On fait la même chose lorsque l’on considère comme invisible la relation d’esclavage qui existe entre hommes et femmes au sein de nombreuses familles. Ainsi on trouve normal que lorsque une femme se met en couple, le temps qu’elle dédie en moyenne aux tâches domestiques passe de 2 heures 48 minutes à 4 heures 12 minutes par jour, alors que rien ne change du côté des hommes [2]. Et la situation empire tellement avec l’arrivée du premier, et surtout du second enfant, que nombreuses sont celles qui quittent leur emploi ou prennent un temps partiel. Cette situation est d’autant plus choquante que le travail domestique représente un nombre d’heure de travail souvent équivalent au travail professionnel salarié [3].

Certes « avec l’industrialisation, la famille est dépossédée de sa fonction d’unité de production sauf dans certains secteurs. » Il est vrai qu’il est devenu plus que rare que l’on fasse cuire son pain tous les jours chez soi plutôt que de l’acheter chez le boulanger. Mais de nombreuses productions telles que les services domestiques, l’éducation des enfants, les soins aux parents et la production de certaines marchandises (dans les familles d’agriculteurs, de commerçants et d’artisans), continuent d’être effectuées gratuitement pour la plus grande partie par les femmes [4]. Tout cela permet, au passage, à l’État de faire des économies sur les crèches collectives, les cantines, la prise en charge des personnes âgées...

De plus, « on ne peut plus soutenir que le travail domestique est effectué contre l’entretien, que l’entretien est l’équivalent du salaire et que ce travail est donc payé : les femmes qui travaillent s’entretiennent elles-mêmes et fournissent donc ce travail domestique contre rien. »

Les hommes impliqués ?

De nos jours, il est vrai que les hommes s’impliquent en se consacrant aux tâches exceptionnelles, techniques, dont le résultat est facilement visible de l’extérieur. Les femmes font le quotidien, le répétitif, l’invisible. Ce sont les femmes qui font à manger tous les jours, mais ce sont les hommes qui font la cuisine quand il y a des invité-e-s [5].

Mais il faut toutefois admettre qu’il y a eut des « progrès ». En 1999, les hommes consacrent en moyenne aux travaux domestiques… 10 minutes de plus par jour qu’en 1986. Les femmes y passent environ 20 minutes de moins [6]. Et ce temps gagné est plus la conséquence de l’automatisation de certaines tâches (grâce à des lave-linge moins chers par exemple) que le résultat d’un changement de mentalité.

Le système d’exploitation patriarcal repose sur cette division sexuelle du travail domestique. Mais il fournit au capitalisme une main d’œuvre bon marché et peu combative, prête à accepter la « flexibilité » pour « concilier famille et travail ». Ces deux systèmes sont d’ailleurs tellement « entremêlés » qu’une révolution anticapitaliste et antiautoritaire ne prenant pas en compte la question spécifique des femmes serait probablement vouée à l’échec.

La commission antipatriarcat

[11. Sauf mention contraire, toutes les citations sont tirées de l’article, « L’Ennemi principal » de Christine Delphy.

[22. Insee, Enquête « emploi du temps », 1999

[33. En 1990, le travail domestique représente 42,7 milliards d’heures contre 38,8 milliards pour le travail professionnel. Source : Insee première, numéro 109, octobre 1990.

[44. Que cette gratuité ne dépende pas de la nature des travaux est encore prouvé par le fait que dès qu’une femme, grâce à son travail ou son statut social, peut éviter de faire ses tâches, une personne (le plus souvent une femme immigrée ou d’une classe sociale défavorisée) est payée pour les faire.

[55. A ceux ou celles qui pensent que les femmes font cela parce que cela leur ferait plaisir, rappelons que le repassage (fait en majorité par les femmes) est considéré comme une corvée par 40 % d’entre elles, alors que le bricolage (fait en majorité par les hommes) n’est pénible que pour 5 % d’entre eux.

[66. Insee, Enquête « emploi du temps », 1999. Statistique portant sur les individus de 15 ans ou plus vivant en couple.

 
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