Lire : « Avorter, histoire des luttes »

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La petite maison d’édition militante lyonnaise, Tahin Party, qui avait déjà édité le texte de Laura Cottingham, Combien faut-il de sales féministes pour changer une ampoule ? Antiféminisme et art contemporain, publie cette année ce qui était à l’origine une brochure écrite par un collectif de féministes grenobloises : Avorter. Histoire des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui.

Mêlant une présentation historique concise et claire, des témoignages, des extraits d’ouvrages et une iconographie intéressante, ce petit ouvrage permet de faire le point sur les luttes pour l’avortement en France, non seulement dans une perspective historique mais également dans le cadre de notre militantisme présent et à venir. Les Grenobloises et les Grenoblois ont de quoi savoir que le droit à l’avortement est tout sauf un acquis tant ils et elles ont eu à subir dernièrement les attaques de ses opposants, catholiques et d’extrême droite.

Les chapitres sont découpés par période historique, ils présentent à chaque fois la situation globale en France puis se concentrent sur le mouvement à Grenoble. Nous suivons donc la création de la Maternité Heureuse qui devient le Mouvement Français pour le Planning Familial, la contrebande de diaphragmes avec les armes pour le FLN algérien et la fabrication locale de « la crème des chartreux », une gelée spermicide fabriquée par la coopérative Alpagel ! Mais aussi les femmes qui meurent chaque semaine en avortant et la maîtrise extrême des pouvoirs masculins, médicaux et administratifs sur le corps des femmes qui ne disparaît bien sûr pas avec le vote de la loi Veil en janvier 1975. Ensuite c’est l’application et l’élargissement de la loi qui posent problème, le fait que le choix de l’avortement, sa réalisation, son encadrement n’appartiennent jamais véritablement aux femmes alors que c’est par elles et pour elles qu’il doit exister.

Le grand mérite de ce livre, c’est de nous rappeler le difficile combat des féministes depuis les années soixante et celui qui reste à mener pour que le droit à l’avortement soit réellement appliqué, que la culpabilisation des femmes qui avortent et la vision de l’avortement comme un traumatisme obligatoire ne soient plus la règle. Les droits à la contraception et à l’avortement ont été imposés par les luttes des femmes et non par les médecins ou les pouvoirs publics. C’est à nous de nous réapproprier notre corps et de décider de ce que nous voulons en faire !

Émilie B. (AL Saint-Denis)

• Collectif IVP, Avorter. Histoire des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui, Tahin Party, 2008, 131 pages, 6 euros.

Téléchargeable sur http://tahin-party.org.

 
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