Facs en grève : Opérations coups de poings

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Le mouvement des enseignants-chercheurs et des étudiants contre la LRU s’inscrit désormais dans la durée. Après deux mois de grève, les coordinations nationales ont choisi la radicalisation.

Le mois de mars a été chaud pour les étudiants et les profs mobilisés. Le train-train des manifs hebdomadaires n’est suffisant ni pour eux ni pour le gouvernement. S’ils n’écoutent rien d’autre que les syndicats qu’ils s’inventent pour négocier, c’est qu’il faut gueuler plus fort.

C’est ce qu’ont décidé les deux coordinations nationales (étudiante, CNE, et universitaire, CNU). Avec le mot d’ordre d’abrogation de la LRU, elles appellent à l’occupation, non seulement des facs mais aussi des gares, des rectorats et autres lieux symboliques et stratégiques.

Autoréductions

En région parisienne, la Sorbonne était au début du mois de mars la cible principale pour son caractère symbolique. Mais ce bastion est aussi important pour ceux qui luttent que pour l’État. La répression qui est tombée sur ceux qui ont tenté de s’y attaquer le montre bien. Vendredi 6 mars, après avoir formé une chaîne humaine autour de l’université, profs et étudiants ont en partie réussi à l’occuper. Ceux qui n’avaient pas eu le temps de rentrer ont occupé le site du Panthéon juste à côté. Ils en sont sortis un par un, avec au passage un coup de poing dans la gueule et une prise d’identité par la police.

Les actions se sont alors diversifiées. Autoréductions dans les supermarchés (remplir des charriots et négocier un départ gratuit), occupations de voies de gares ou encore l’occupation de Sciences Po sont quelques exemples.

Les enseignants-chercheurs eux non plus n’hésitent pas à se montrer ailleurs qu’en manif. Plusieurs ponts de Paris ont ainsi été bloqués et décorés de banderoles. Par exemple le pont du Garigliano, dans le XVIe arrondissement, suivi d’une occupation de la Maison de la radio qui se trouvait à côté. Un coup double pour se faire entendre du gouvernement et des médias.

Le principal problème de ces actions reste le faible nombre d’étudiantes et d’étudiants impliqués. Pour y répondre, une AG interfacs de lutte à été mise en place pour coordonner à l’échelle parisienne des actions plus massives. Ces AG se veulent ouvertes à toutes et à tous, pour permettre d’élargir les thèmes de lutte. Ainsi, des sans-papiers sont venus s’exprimer. Les débats montrent une volonté unanime de s’organiser plus efficacement pour intensifier les actions radicales.

Aussitôt dit, aussitôt fait, dès la première AG interfacs, avec une autoréduction dans un Monoprix, suivie par 150 personnes. Les parisiens vont bientôt prendre l’habitude d’attendre ces Robins des Bois pour partir sans payer. Par la suite, les vivres obtenus ont servi non seulement pour les étudiants mais aussi pour les mal-logé-e-s et les sans-papiers qui occupent une annexe de la bourse du travail de Paris.

Prison ferme

Mais qui dit radicalisation dit répression. La peur que suscitent les étudiantes et les étudiants pousse l’État à envoyer systématiquement sa police. C’est ce qui s’est passé lors de la manifestation nocturne qui a égayé Paris après un concert militant organisé par l’université Paris-VII avec plusieurs milliers d’étudiants, mardi 17 mars. Les quatre interpellations qui ont suivi ne sont rien comparées aux coups portés deux jours après, lors de la grève générale. Trois cents personnes interpellées, et le soir même, les premières comparutions immédiates – des parodies de justice – tombaient. Pour la plupart, les interpelés n’étaient pas connus des services de police, mais les peines de plusieurs mois fermes sont tombées, en particulier à Saint-Nazaire. À Paris, un collectif de soutien se met en place pour ne pas être isolé avant et après les manifestations.

La solidarité est notre arme pour que la peur change de camp. Comme a répondu un porte-parole de la CNE qu’on interrogeait sur le pourrissement du mouvement : « On verra qui pourrira le premier ! »

Num’s du D. (AL Paris Nord-Est)

 
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