Ecologie

Extinction Rebellion : entre écologie sociale et non-violence

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L’arrivée d’Extinction Rébellion (XR) en France et les actions menées ces derniers mois ont suscité de vifs débats dans les sphères militantes. Si la revendication d’une stricte non-violence fait l’objet de récurrentes critiques, le soutien de XR aux grèves de décembre a été bien accueilli. Quel regard porter alors sur le mouvement, et quelles alliances possibles ?

Dans le contexte d’un mouvement climat en quête de politisation, XR suscite légitimement de l’intérêt et affiche une certaine capacité de mobilisation. XR cherche en effet à se démarquer en critiquant ouvertement la « stratégie du colibri » et des « petits gestes » et en appelant à s’engager dans une action collective, pointant clairement la responsabilité des gouvernements dans le péril climatique et environnemental. Le mouvement se revendique d’une pratique de l’horizontalité, indiquant dans ses principes fondateurs « limiter délibérément les rapports de pouvoir en démantelant les hiérarchies pour une participation plus équitable » [1]. XR a d’ailleurs su éviter l’émergence de figures de leader et privilégie l’expression collective. Tout groupe peut s’en réclamer à condition toutefois d’en embrasser les principes fondamentaux, notamment : non-violence, décentralisation, refus de la culpabilisation individuelle.

Jusque récemment, la branche française se cherchait encore et c’est avec une curiosité teintée de méfiance que les militant·es révolutionnaires guettaient la concrétisation du manifeste d’XR. Depuis ses toutes premières actions qui tenaient davantage du happening symbolique, Extinction Rebellion s’est af­firmé avec des actions collectives de plus grande ampleur, revendiquant une « stratégie d’escalade ». Le lancement de leur « opération RIO » en octobre 2019 a donné lieu à l’occupation du centre commercial Italie 2 aux côtés d’autres collectifs puis à celle de la place du Châtelet à Paris durant quelques jours. Des actions organisées avec précision en amont, avec un certain talent pour la communication, mais qui ont aussi généré critiques et agacements.

Des alliances : à quelles conditions ?

Durant les occupations d’octobre, le flou entretenu autour des principes très généraux revendiqués par XR ainsi que les discours contradictoires entendus sur la dimension politique de leur action ont pu interroger, certaines personnes au sein de XR assurant de leur engagement anticapitaliste, mais d’autres s’empressant d’invoquer l’apolitisme et la nécessité de « ne pas diviser ».

Si à droite on les qualifie volontiers d’extrémistes, c’est au contraire leur stratégie de désobéissance non violente, allant jusqu’à surveiller le moindre tag, qui a suscité de nombreuses critiques de la part de militant·es antiracistes, féministes, mais aussi d’autres collectifs écologistes défendant une écologie plus radicale et politisée. XR a su converger avec d’autres collectifs comme on a pu l’observer lors de l’occupation du centre commercial Italie 2, qui s’est faite aux côtés de quelques collectifs de gilets jaunes, du Comité Adama, mais aussi du CLAQ (Comité de libération et d’autonomie queer) et d’autres groupes écologistes dont Désobéissance écolo Paris.

Plusieurs de ces collectifs, tout en restant investis dans des actions communes, ont ainsi signé une lettre ouverte à Extinction Rebellion [2]. Parmi les problèmes pointés par le texte : la minimisation des violences policières, la violence latente contenue dans le positionnement non violent, le cadrage « apolitique ». D’autres critiques ont en outre pointé l’impasse d’actions pensées en fonction de leur futur traitement médiatique et de l’image renvoyée.

Des luttes communes ne seront rendues possible qu’à la condition qu’Extinction Rebellion soit à l’écoute de ces critiques et en tienne compte en pratique. Il est à noter que la branche française a déjà su faire preuve de recul critique, cherchant à faire remonter les questionnements autour du rapport à la police, et s’est exprimée sur la question de l’écologie décoloniale [3]. Cependant, cela reste pour l’instant au stade du partage de réflexions, sans véritable infléchissement des orientations. Et la non-violence reste un principe fondamental peu interrogé.

XR et la grève de décembre

Sur ses réseaux sociaux – sans qu’on n’en trouve beaucoup de traces sur le site internet – Extinction Rebellion France a revendiqué un soutien clair non seulement à la grève du 5 décembre mais à une grève générale et illimité, déclarant dans son communiqué : « Extinction Rébellion France apporte son soutien à la grève illimitée, moyen d’action efficace pour bloquer notre économie et nous donner l’opportunité de sortir la tête de cet impératif productiviste, de prendre le temps de réfléchir afin de décider collectivement quelles sont les activités à stopper immédiatement et celles qu’il faut préserver pour une justice sociale et écologique » [4]. XR y rap­pelle la dimension profondément sociale de la lutte écologiste et la nécessité de défendre activement un autre ordre politique, et appelle explicitement ses sympathisant·es à faire grève.

Après les mobilisations d’octobre et les débats parfois houleux sur la stratégie de XR, le traitement des militant·es en désaccord avec cette ligne, le rapport à la police, et une non-violence jugée parfois dogmatique, cette prise de position est particulièrement bienvenue. D’autant que XR rompt ainsi avec une recherche de consensus qui lui a été souvent reprochée, et prend ainsi le risque de décevoir ses sympathisant·es et mem­bres tenants d’une position « apolitique », voire hostiles à tout rapprochement avec les mouvements de gauche et anticapitalistes (et encore davantage révolutionnaires). Les réactions ont d’ailleurs été pour le moins contrastées. Il faut espérer qu’une telle prise de position ouvre la voie à des rapprochements avec les mouvements sociaux et à des échanges fructueux sur ces questions stratégiques.

La commission écologie

[1L’organisation met en avant 10 « principes et valeurs » fondateurs de leur mouvement. Voir sur leur site.

[2« Lettre ouverte aux militants et militantes d’Extinction Rébellion », le 11 octobre 2019, sur grozeille.co

[3« Sur la lutte sociale et climatique : décoloniser XR », traduction d’une tribune de XR Écosse, 23 octobre 2019, sur le blog d’XR France et « Pour une écologie décoloniale », par Seumboy, 17 juillet 2019, sur le même site.

[4« Pourquoi nous sommes partie prenante de à la grève du 5 décembre », message XR France du 4 décembre 2019 sur Facebook.

 
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