Sans-papiers en grève : Un an après, on est toujours là

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Un an après les grèves de travailleurs sans papiers qui ont permis des centaines de régularisations, les cartes d’un an obtenues approchent de leur fin. Pour maintenir la pression, rien de tel qu’une nouvelle vague de grèves !

Les grèves de sans-papiers d’avril dernier, ont permis la régularisation de plus de 2 000 d’entre eux [1]. La perception des sans-papiers a changé. Ils sont maintenant considérés comme des travailleurs.

Depuis le mois de mars 2009, chaque semaine, des boîtes du nettoyage, du commerce et du bâtiment se mettent en grève. Ils sont soutenus dans leur lutte par des comités regroupant associations, syndicats et des individus (Sud, CNT, militants CGT, Gisti, CSP, NPA, AL). On peut regretter que ces comités soient plus souvent initiés par des individus que par des structures engagées.

Être régularisé pour un an, ce n’est pas la fin de la galère, comme chez Ma net dans le XIe et DMMS dans le XXe à Paris, les patrons profitent de la crise pour licencier les ex-sans-papiers ou pour ne plus leur donner que des temps partiels. Cela met de fait les personnes dans la clandestinité car un des critères de régularisation est le CDI à temps complet. Les comités de soutien restent donc attentifs à chaque cas.

Nouveaux axes de lutte

D’autres formes de lutte se lancent. D’abord autour des sans-papiers algériens exclus des régularisations par le travail. Des actions de pression sont organisées sur les 18 consulats pour que cessent les délivrances de laissez-passer permettant les expulsions. C’est une lutte pour l’égalité de traitement entre tous les travailleurs sans-papiers quelle que soir leur nationalité.

Parallèlement, continue la « campagne racket » sur les droits des travailleurs expulsés. Les associations rencontrent les autorités de pays comme le Mali ou le Sénégal et développent un argumentaire sur la spoliation des droits. La démarche vise à rendre les expulsions impossibles pour les travailleurs. Bien qu’ayant participé à la solidarité nationale en cotisant aux caisses d’assurance-chômage, ils ne bénéficieront d’aucune allocation après leur licenciement, ne pouvant s’inscrire au Pôle emploi s’ils sont expulsés.

Un troisième terrain pourrait être investi : celui de la pénibilité, de la monotonie et de l’isolement. Le ministère du Travail reconnaît 1,5 million de salariés immigrés. Ils sont les plus exposés aux conditions de travail pénibles. Les étrangers jugent leur tâche plus monotone. Ils sont souvent moins en contact avec le public et plus nombreux à déclarer ne pas avoir de collègues. Ces salariés travaillent dans le bâtiment, dans le nettoyage ou comme employées de maison. Souvent dans des emplois précaires, ils sont de véritables variables d’ajustement.

Ces luttes ont en outre relancé les revendications au sein des foyers de migrants. Des actions sur les cuisines collectives ou les salles de réunion sont en train d’émerger, comme dans les années 1970. Des axes de luttes sont donc à développer pour sortir des critères de l’article 40, et de l’immigration choisie. Ainsi le collectif Quartiers solidaires Belleville va relancer des actions sur l’Est parisien pour associer les syndicats, les comités RESF, les collectifs de sans-papiers des différents arrondissements et chercher le minimum commun dans chaque forme de lutte choisie pour faire front et participer le 17 mai à la journée européenne, notamment à la manifestation nationale à Paris.

Noël Morel (AL Paris Nord-Est)

[1En application de l’article 40 de la loi Hortefeux de novembre 2007 et de la circulaire du 7 janvier 2008

 
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