CPE : Le feu aux poudres !

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Cela fait maintenant plus d’un mois que la révolte contre la loi sur l’égalité des chances et l’amendement concernant l’instauration du contrat première embauche (CPE) est lancée sur les universités et dans la jeunesse. Il est temps, alors que le gouvernement campe dans ses bottes, et refuse de voir les démonstrations de force des travailleurs et des étudiants solidaires, d’esquisser une analyse du mouvement social, et de l’investissement des militants révolutionnaires dans celui-ci.

Parti sur un rythme lent, renforcé par les départs en vacances, et le black-out total des médias sur le sujet, la mobilisation contre la loi sur l’égalité des chances a évolué de manière exponentielle, ne se développant dans un premier temps que dans les universités ayant une longue tradition de luttes (Rennes-II notamment). Ce départ précoce n’est pas dû au hasard : les outils de lutte des étudiant(e)s (SUD-étudiants, CNT...) y sont plus développés qu’ailleurs, et leur influence a été primordiale pour la construction rapide d’un rapport de force.

Tout au long du mois de février nous avons assisté chaque semaine à l’arrivée d’un nombre élevé de nouvelles facs dans la lutte, influencées en grande partie par la volonté de l’Unef de se racheter une virginité politique, dans un combat où le risque pour elle de se faire dépasser par les « gauchistes » à la base, était important. Il ne faut pourtant pas voir cela comme quelque chose de forcément négatif, l’appui médiatique dont dispose l’Unef a permis la création d’un mouvement de grande ampleur, où les militants autogestionnaires ont rapidement, là où ils étaient organisés, pris le dessus sur un syndicat « majoritaire » tiraillé entre ses tendances. La création de coordinations nationales tournantes, a aidé au dépassement de la revendication de retrait du CPE, pour l’élargir à celle d’abrogation de la loi entière, permettant ainsi d’inscrire cette lutte dans un cadre global de refus de la précarité, imposée par la société capitaliste.

Unité et grève générale

Avec plus des trois quarts des facs en grève aujourd’hui, des centaines de lycées mobilisés (beaucoup plus que l’année dernière sur la loi Fillon), le mouvement prend une ampleur inégalée dans la jeunesse depuis de nombreuses années.

Le nombre d’étudiant(e)s mobilisé(e)s est fort, mais ce qui fait la différence, c’est que la volonté d’aller vers les salarié(e)s, d’arriver à une convergence effective des luttes est réelle. Que cela soit en 2003 avec les intermittent(e)s et le mouvement sur les retraites, ou en 2005 avec les lycéen(ne)s et la loi Fillon, les appels étaient faits, les bonnes intentions étaient affirmées, mais rien de concret, mis à part dans certains endroits, n’avait abouti. Au fil de la mobilisation, la volonté d’entraîner les travailleur(se)s, avec des diffs de tracts devant les entreprises, les ANPE, des appels de la coordination nationale des facs et lycées en lutte à la grève générale, est devenue un élément essentiel.

La conscience que l’on ne peut gagner que dans l’unité est plus forte aujourd’hui dans les facs et la jeunesse qu’elle ne l’a jamais été.

Le principe des temps forts, adopté par les grandes confédérations syndicales (7 février, 7 mars, 18 mars, 28 mars) n’est pas à même de faire reculer un gouvernement autiste, qui ne sait répondre aux mouvements sociaux que par la violence policière, et les procès. Cette impasse, tout comme le débouché électoral des luttes, évoqué de ci de là par certains, ne peut faire gagner le plus grand mouvement de jeunesse depuis 1995.

Face à cela l’auto-organisation à la base, et le travail avec les unions départementales, qui sont parfois incrédules face à une stratégie syndicale dictée par le refus de fissurer le front unique, sont indispensables pour développer le mouvement au sein du monde salarial. L’appel lancé par les unions départementales des Bouches-du-Rhône après la journée du 7 mars, et appelant à un développement des luttes intersectorielles, pour arriver rapidement à une grève généralisée, est symptomatique du décalage qui peut exister entre la base, combative, qui ne veut pas d’un nouvel échec type 2003, et des directions confédérales, qui rechignent à lancer leurs forces dans la bataille.

Efficaces parce qu’organisés

L’implication des militant(e)s libertaires et révolutionnaires, forte dans des villes en pointe dans le mouvement (Rennes, Paris, Tours, Orléans, Aix...), et la capacité de ces villes à développer une certaine forme de radicalité, dépassant le cadre établi par les organisation sociales démocrates, prouve que là où ils/elles sont organisé(e)s, ce sont eux/elles qui mènent la lutte. Malgré cela, ils/elles ont des difficultés, au niveau national, à véritablement peser dans l’orientation générale de la lutte, et ce sont les organisations syndicales et politiques les plus médiatisées qui imposent leur image, leur dynamique, leurs revendications (affichage du retrait du CPE, alors que c’est le retrait de la loi dans son entier qui est revendiqué).

La volonté de ces organisations, est de garder le plus petit dénominateur commun, pour ne pas rompre le front unitaire, et cela au détriment du refus d’une précarité généralisée. Notre implication en tant que révolutionnaires, doit être essentiellement celles d’animateurs de luttes, garants (sans prétention) du respect des mandats des assemblées générales, et du respect de la démocratie directe. Nous ne devons pas nous comporter comme certain(e)s, soucieux de noyauter le mouvement et ses organes démocratiques, avec comme seul but d’affirmer leur présence, et de construire leur propre organisation. Les exemples cités plus haut démontrent bien, que ce sont les villes qui disposent d’organisations de lutte efficaces, qui sont le plus proche du front social que nous appelons, et que l’organisation des militant(e)s libertaires permet l’affirmation d’un mouvement fort et démocratique.

La grève générale est aujourd’hui la seule à même de faire reculer le gouvernement et d’imposer des luttes sociales offensives, et non plus défensives comme c’est le cas. La conscience que la victoire est possible, que nous devons gagner s’affirme de jours en jours, dans la lutte. Celle-ci se doit d’être victorieuse, pour permettre aux mouvements sociaux d’enfin remporter une victoire significative face au gouvernement et à ses larbins.

AL Branche jeunesse, le 28-03-2006

 
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