Edito : Qu’ils s’en aillent tous !!

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CPE, CNE, contrat unique... en s’attaquant au Code du travail, le gouvernement répond à une revendication essentielle du patronat dont l’objectif est d’exercer une pression croissante et maximale sur le salariat. Il s’agit de disposer d’une main-d’œuvre jetable de plus en plus soumise aux exigences de rentabilité du capital. Cette dictature du capital tolère de moins en moins la liberté, la critique, la résistance, le fait de revendiquer des meilleures conditions de travail et une autre répartitition des richesses et donc l’autonomie des travailleurs(se)s.

À cette exigence de domination sans limite du capital sur le travail, le gouvernement répond non seulement en détruisant le droit du travail, mais également en mettant en place un ordre autoritaire, en légiférant contre les libertés individuelles et en s’attaquant aux populations socialement les plus opprimées (immigré(e)s, femmes, jeunes...).

La révolte des jeunes est dirigée contre cette évolution structurelle du capitalisme. Elle met aussi plus profondément en cause un consensus qui constitue aujourd’hui un obstacle à toute évolution politique, c’est-à-dire à toute volonté de rupture anticapitaliste en France. En effet, les jeunes ont choisi de s’opposer frontalement à une démocratie représentative qui apparaît de plus en plus pour ce qu’elle a toujours été, à savoir un pouvoir confisqué par une oligarchie, c’est-à-dire par une minorité qui représente aujourd’hui les seuls intérêts d’une classe de parasites, ceux de la bourgeoisie.

Étudiant(e)s, lycéen(ne)s et à leur suite, un nombre croissant de travailleur(se)s demandent à avoir le droit de décider de leurs affaires (« C’est la rue qui gouverne, Villepin, on t’emmerde »), là où le pouvoir et ses chiens de garde répondent que cela est l’affaire du seul parlement et qu’il faut se contenter de voter tous les 5 ans pour avoir son mot à dire.

Les lycéen(ne)s et étudiant(e)s apprennent ainsi qu’il y a d’autres formes politiques pour porter des revendications que celles des urnes et de la dépossession permanente du pouvoir qu’implique la démocratie représentative. Ils/elles savent ainsi qu’ils/elles peuvent prendre des décisions en assemblée générale, débattre et s’exprimer et qu’il y a des contre-pouvoirs qui peuvent être les leur.

La décision d’occuper les lycées et les universités et d’étendre ce mouvement au centres urbains et aux grandes voies de communication est un moyen d’extraire les jeunes de la docilité à laquelle l’école (souvent) et les différents contrats de travail sont en train de pousser. Elle ouvre un autre moyen d’émancipation... et notre combat doit passer par là, par cette construction plus que par l’organisation de sempiternels temps forts de mobilisation à intervalles réguliers invariablement suivis de temps morts qui ne sauraient ébranler un pouvoir déterminé à imposer avec brutalité son projet de société.

Nous sommes en train de vivre un moment de crise sociale porteur d’une véritable crise politique. Car il s’agit aujourd’hui de faire de véritables choix politiques. Choisir entre la dictature patronale fondée sur la précarisation généralisée du travail des jeunes, des femmes, des immigré(e)s et plus généralement des travailleur(se)s et l’égalité, la solidarité, le redistribution des richesses. Choisir entre une fiction de démocratie dont l’autoritarisme est de plus en plus réel et une démocratie autogestionaire qui implique la responsabilité de tou(te)s à travers une redistribution généralisée du pouvoir dans la cité, à l’école et dans l’entreprise. Faire ce choix, implique donc d’assumer de véritables ruptures et à se battre non pas pour la simple démission d’un gouvernement bientôt remplacé par sa copie conforme mais pour le départ de tous ceux, ministres, députés, patrons, technocrates qui prétendent décider pour nous et gouvernent contre nous.

« Qu’ils s’en aillent tous ! » Ce mot d’ordre repris par des millions d’Argentin(e)s en décembre 2001 doit résonner encore en France comme partout ailleurs et exprimer non pas un simple ras l’bol mais annoncer une véritable révolution.

Alternative libertaire, le 28 mars 2006

 
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