Droit des femmes : L’accès à l’avortement menacé

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On connaissait déjà le manque de moyens accordés à la pratique de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). On savait aussi que le tabou était loin d’être totalement levé et que la culpabilisation des femmes persistait. Mais 35 ans après la loi Veil dépénalisant l’IVG, la réforme hospitalière d’aujourd’hui un recul important du droit à l’avortement.

En 1979, après une décennie de luttes, le droit à l’avortement est définitivement adopté. Depuis 1975, les centres d’IVG se développent sous la pression de groupes de femmes et d’associations militantes, mais la loi reste trop restrictive pour que le combat s’arrête là.

En 1982, après de nouvelles mobilisations, les femmes obtiennent le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale. La loi Aubry, en 2001, répondra ensuite en partie aux revendications restées jusqu’alors sans réponse, comme l’information en matière de contraception et d’éducation sexuelle ou la suppression de l’autorisation parentale pour les mineures.

Des institutions peu volontaires

En réalité, nous sommes parfois loin du compte. Dans le secteur public, l’obligation pour chaque établissement hospitalier de disposer de services pour pratiquer des avortements n’est pas respectée et d’un centre à l’autre, les délais pour pratiquer une IVG peuvent bizarrement varier. Les hôpitaux privés délaissent souvent l’IVG jugé non rentables. Les gouvernements successifs, pour leur part, n’ont pas fait preuve d’une grande volonté en matière d’information, ainsi que de moyens pour les hôpitaux. La tarification de l’acte et l’étonnante faiblesse de la formation en matière d’IVG aboutissent à une pénurie de médecins pour la pratiquer. Il n’est pas rare, dans ce contexte, que les femmes désireuses d’avorter cherchent longuement un hôpital et attendent plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous.

La santé n’est pas une marchandise !

Continuant de grignoter les acquis sociaux et obsédé par les restrictions budgétaires, le gouvernement a préparé et adopté en juin 2009 la loi « Hôpital, patients, santé, territoires » (HPST). Elle implique des restructurations d’hôpitaux publics et supprime au passage des CIVG dans de nombreuses régions. Gouvernement et administration hospitalière procèdent à des regroupements d’hôpitaux qui se traduisent immanquablement par des diminutions de budget, des économies de moyens et de personnel (3500 emplois en moins d’ici 2012 !). A Paris, quatre centres d’orthogénie de l’AP/HP (Broussais, Tenon, Poissy dans les Yvelines et Jean-Rostand à Ivry) ont mis la clé sous la porte alors qu’ils assuraient le quart des IVG d’Île-de-France. La liste des fermetures de CIVG est appelée à s’allonger, des menaces pesant sur ceux de Bobigny, Saint Antoine, ou encore Lyon ou Orléans.

Alerte sur l’IVG !

Alors que l’avortement est déjà peu accessible à certaines femmes (mineures, femmes sans papiers), cette politique est une véritable atteinte au droit des femmes à disposer de leur corps et du pain béni pour les anti-avortement. Mesures lourde de conséquences, la fermeture des CIVG et la disparition de centres de proximité, créent le risque d’allonger des délais d’attente déjà importants et d’obliger de nombreuses femmes à aller à l’étranger quand elles ont dépassé le délai légal. Depuis plusieurs mois, des collectifs locaux se sont organisés pour alerter sur ces discrètes fermetures et obtenir le maintien des CIVG. L’ANCIC, la CADAC [1] et le planning familial sont à l’initiative d’une mobilisation qui rassemblera le 6 novembre de nombreuses associations, organisations et partis politiques ainsi que toutes celles et tous ceux qui veulent défendre le droit à l’avortement. Opposons-nous aux fermetures de centres IVG et revendiquons avortement et contraception libres, gratuits et réellement accessibles ! Défendons notre droit à disposer de notre corps et de notre liberté sexuelle !

Charline (AL Paris Nord-Est)

[1ANCIC : Association Nationale de Coordination pour l’IVG et la Contraception ; CADAC : Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception, créée en 1990 pour lutter contre les commandos anti-avortement.

 
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