Lire : critique de la valeur

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Dans cet essai, Jappe tente de dessiner le paysage de la Wertkritik. La Wertkritik distingue deux Marx : le Marx « ésotérique » et le Marx « exotérique ».

Le Marx exotérique est le Marx du Manifeste du parti communiste, celui des marxistes traditionnels (deuxième Internationale, sociaux-démocrates, etc.). Le Marx exotérique oppose dogmatiquement deux classes antagonistes et repose sur une vision simpliste de l’histoire (hégélienne, c’est-à-dire téléologique).

Le Marx ésotérique, en revanche, est le Marx de la première section du Capital : théorisation du fétichisme de la marchandise, critique de la valeur. Selon cette composante de l’œuvre de Marx, il n’y a nulle téléologie simpliste à appliquer : car à dire vrai, nous ne saurions « achever » l’histoire, puisque nous en sommes encore qu’à sa préhistoire (nous demeurons empêtrés dans une forme de totémisme impensé).

Il s’agirait d’entrer véritablement dans l’histoire, en abolissant tout fétichisme, qui aliène universellement les hommes, les prolétaires comme les détenteurs du capital.

Dans cette perspective, nulle psychologisation et nulle moralisation des rapports de domination ne sauraient prévaloir. Les capitalistes n’exploiteraient pas les salariés par fourberie ou malveillance intentionnelle, mais seraient les jouets d’une matrice qu’ils ne contrôlent pas, matrice en laquelle les objets sont personnalisés et les humains réifiés. Jappe analyse donc en détail les notions de travail abstrait (il prône l’abolition du travail, catégorie capitaliste par excellence, qu’il s’agit de « désontologiser »), de valeur, de marchandise, et d’argent.

Ces catégories sont dépassables en droit, et toute critique anticapitaliste qui ne revendique pas un tel dépassement n’est qu’un réformisme mou.

Benoît (AL Montpellier)

Anselm Jappe, Les Aventures de la marchandise, Denoël, 2003, 304 pages, épuisé.

 
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