Vendée : Une Zad contre un projet nautique inutile et imposé

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Face à la tentative de passage en force du maire, une lutte historique se développe à Brétignolles-sur-mer, en Vendée, contre un projet démesuré de construction d’un port de plaisance en « pleine terre », risquant de porter de nombreuses atteintes à l’environnement et de contamination les nappes phréatiques par l’eau de mer.

Brétignolles-sur-mer en Vendée, commune d’environ 4 500 habitantes et habitants, c’est la révolte. Car Christophe Chabot, maire et gérant de la SARL Akena Véranda, a obtenu du préfet, en juillet 2019, la déclaration d’intérêt public pour son projet de port pharaonique initié en 2003 : éventrer la côte, détruire une dune et une zone humide classées, une zone verte naturelle agricole, une réserve d’eau douce de 340 000m³, prendre le risque d’une intrusion marine dans les nappes d’eau douce à l’intérieur des terres et enfin creuser sur 40 hectares un port de 900 anneaux…

Pourtant, dans un courrier adressé au président de la commission d’enquête publique, le 11 septembre 2018, l’hydrogéologue Gilles Bresson manifestait de vives inquiétudes. « Le problème majeur soulevé par ce projet de port est l’intrusion marine dans les nappes d’eau douce à l’intérieur des terres », écrivait-il [1]. Ce qui en 2011 avait conduit la commission d’enquête publique à rendre un avis négatif.

Mais ce projet défend les intérêts du groupe Bénéteau, fleuron mondial du nautisme. Bénéteau a besoin de places pour pouvoir accastiller ses bateaux. La solution ? Un nouveau port qui ne coûtera rien à l’entreprise. Pour défendre le projet, l’association « Bretignolles veut son port » a été créée et largement aidée financièrement par la commune. Elle est présidée par un cadre de chez Bénéteau, par ailleurs époux d’une conseillère municipale et pour faire bonne mesure, le directeur du développement du groupe Bénéteau fait aussi partie du conseil d’administration.

Le maire tente de passer en force

Le maire a tenté de créer un fait accompli en lançant en début octobre 2019 le défrichage, bien que cinq recours contre le projet aient été déposés par La Vigie, association historique des opposants. Mal lui en a pris, l’arrivée des pelleteuses a déclenché la mobilisation de la population.

Ainsi le 6 octobre 2019 une manifestation rassemblant 2 500 personnes s’est tenue sur la plage. Une quinzaine d’opposantes et opposants se sont installé·es sur un terrain menacé d’expropriation. Une cabane a été édifiée et des tentes montées… La Zad de la dune a été créée. Et mardi 9 octobre au petit matin les pelleteuses qui s’attaquaient à la dune de sable ont été stoppées.

L’association La Vigie a déposé le 15 octobre une demande en référé de suspension des travaux auprès du tribunal administratif de Nantes. Une manifestation réunissant près de 1 500 personnes était organisée samedi 19 octobre à La Roche-sur-Yon.

La mobilisation a déjà obtenu l’interruption provisoirement des travaux. Elle s’ancre aujourd’hui dans la durée. Ce qui est nécessaire, puisque le maire affirme vouloir démarrer les travaux du port au mois de mai 2020.

Jacques Dubart (UCL Nantes)

[1Voir Reporterre du 24 octobre 2019.

 
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