Annonces gouvernementales : Un pacte responsable... de la misère

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Le pacte de responsabilité est parfois qualifié de cadeau pour les patrons. C’est faux ! Un cadeau ne se paye qu’une fois. Alors que les travailleurs vont payer ce pacte toute leur vie...

Évitons tout faux débat sur un pseudo tournant libéral du gouvernement socialiste. Les annonces que Valls distille au compte goutte ne sont ni un virage ni une déception. Simplement le gouvernement serre la vis, tour après tour, Hollande après Sakozy. Lentement mais sûrement ceux qui possèdent du capital dépossèdent ceux qui vivent de leur salaire. Inexorablement en absence de riposte sociale suffisante.

Un pacte qui poserait des « efforts équilibrés » mais qui ne contient aucune mesure visant les niches fiscales, les exonérations diverses, les évaporations légales ou les dividendes des actionnaires puisqu’il s’agit de « donner confiance aux investisseurs et d’améliorer la compétitivité des entreprises ». Un pacte qui, faute de pouvoir jouer d’une dévalorisation compétitive de l’euro qui donnerait de la marge aux entreprises françaises pour exporter, organise une dévalorisation fiscale et sociale : fiscale au profit des patrons mais sociale au détriment des salariés...

Et tout cela sans aucune contrepartie bien sûr. Pas plus maintenant que ces dernières années puisque les patrons bénéficiaient déjà d’aides pour 200 milliards d’euros par an sans que les salariés ni les chômeurs n’y trouvent la moindre contrepartie. Au contraire la baisse des cotisations salariées annoncée par Valls comme un gain de 500 euros par an pour un smicard est en réalité un vol de 500 euros de son salaire indirect ! Rappelons une fois encore que ce que certains idéologues de droite appellent des charges sociales sont en réalité les parts du salaire économisées en commun dans les caisses sociales qui redistribuent cette part du salaire en fonction des besoins de chacun : maladie, invalidité, chômage, retraite...

La CFDT qui avait approuvé le discours d’investiture de Valls trouve finalement les mesures précisées « pas justes ». Et pleurniche après son comité de suivi les contreparties que Valls a juste oublié d’évoquer ! Même les députés socialistes qui auraient découvert le discours de Valls après le Conseil des ministres en direct à la télé renâclent : autant dire que les travailleurs vont se prendre une sacrée claque...

50 milliards transférés

On aurait pu imaginer que les quelques 80 milliards de dividendes versés aux actionnaires chaque année pouvaient financer un pacte appliqué dans leur unique intérêt. Que nenni ! Les nouvelles baisses ou exonérations de cotisations, de taxes et d’impôts pour les entreprises à hauteur de 50 milliards seront donc intégralement financées par la population : chômeurs, actifs et retraités :

1) 18 milliards trouvés sur les dépenses de l’état : blocage prolongé des salaires des fonctionnaires jusqu’en 2017, suppressions massives de postes, démantèlement de services entiers...

2) 11 milliards volés sur la dotation de fonctionnement des collectivités locales. Après avoir centralisé une part des impôts locaux en promettant une répartition plus juste entre villes riches et villes pauvres, l’État décrète qu’il ne reverse plus du tout ! Joli tour de passe-passe qui va amener les communes à supprimer des services ou à augmenter les impôts locaux. C’est la mise à mort de nombreux projets et la perte des emplois qui y étaient liés. Et pour verrouiller le dispositif, un projet de bonus/malus permettra au gouvernement de réduire les dotations aux villes qui choisiraient de tenir tête...

3) 10 milliards pris sur l’assurance maladie. C’est la fermeture annoncée de nombreux hôpitaux de proximité, la baisse des remboursements des soins et des médicaments, avec au bout l’impossibilité grandissante de se soigner.

4) 11 milliards escamotés sur les prestations sociales. La revalorisation des retraites, y compris les complémentaires, avait déjà été repoussée de six mois. Cette fois les retraites comme les aides au logement et les prestations familiales seront bloquées jusqu’en octobre 2015 (au minimum...). Et les Assedic doivent faire deux milliards d’économies, ce qui va permettre aux patrons de demander une renégociation rapide des accords qui devaient courir jusqu’en juin 2016.

Le déficit à 3 % du PIB ?

Les experts sont divisés sur le résultat de ces « réformes courageuses mais insuffisantes »... Si l’OFCE calcule que cette cure d’austérité devrait nous ramener aux 3 % voulus par les traités européens mais au prix d’une forte croissance du chômage et d’une violente récession, d’autres annoncent déjà que tout cela n’y suffira pas et qu’il faut bien plus d’ambition dans les « réformes ». C’est ce que dit l’UMP, alors que le FN et l’UDI ont l’intelligence tactique de s’indigner, mais aussi ce que dit le MEDEF qui se prend à espérer de nouveaux rabais et qui présente un plan pour économiser 30 milliards rien que sur les dépenses de santé.

A l’ombre du pacte d’autres mauvais coups se préparent. Un Smic différencié (par branche ? pour les jeunes ?) revient de façon trop récurrente pour être un hasard. Les chocs de simplification qui derrière quelques mesures de bon sens contre une certaine paperasserie vont être l’occasion discrète de nouveaux rabais aux patrons. La « simplification » du Code du travail qui est également annoncée et qui sera l’occasion de détruire un peu plus de nos protections collectives, à pour commencer par la remise en cause des seuils d’effectifs (la CFDT est d’accord pour « assouplir »). Dans le collimateur sont en particulier le seuil de 11 salariés qui déclenche les élections de délégués du personnel et celui de 50 qui déclenche la création d’un comité d’entreprise. Enfin, derrière le choc de simplification des institutions avec le regroupement des régions, la disparition des départements et le regroupement des villes dans des communautés à dimensions inhumaines, c’est un fossé supplémentaire qui se creuse entre le bon peuple et ceux qui prétendent les représenter mais préfèrent ne pas les voir ; surtout quand il s’agit de les tondre !

Au fil des annonces chaque semaine qui ajoutent de l’angoisse au malheur, le gouvernement joue le rouleau compresseur et la valse des milliards perdus. Calendrier des différentes négociations entre syndicats ouvriers et patronaux, vote de la confiance fin avril, vote d’une loi rectificative du financement de la Sécu en juin, vote à l’automne du gel des prestations sociales, tout est fait pour donner le vertige et décourager la riposte des travailleurs et des jeunes. Et déjà nous sentons venir les journées d’actions éparses et vaines, les tristes cortèges Bastille-Nation qui se savent impuissants... Il est temps que la riposte soit à la hauteur des attaques. Il est temps de passer des slogans mêmes radicaux aux actions vraiment radicales : grèves, occupations, blocages...Si nous ne parvenons pas à enrayer fortement la ronde des marchandises et des bénéfices nous ne parviendrons pas à bloquer la fameuse vis qui, tour après tour, nous étrangle.

Jean-Yves (AL 93)

 
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