Fralib Unilever sabote les négociations

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Après plus de six cents jours de lutte et de pression patronale, quelles sont les perspectives pour les travailleurs de Fralib ? Une seule certitude, la direction s’acharne à trouver la solution la plus défavorable pour les salariés : c’est une question de principe.

Le 16 mai, le Tribunal de grande instance de Marseille rendait son verdict concernant l’occupation par les salariés de l’usine de Fralib à Géménos : « l’expulsion ne sera prononcée avec si besoin l’assistance de la force publique qu’à compter du 1er juin 2012, les parties étant invitées d’ici là au dialogue ». Cet appel au dialogue, les salariés de Fralib l’accueillent d’autant mieux qu’ils le sollicitent depuis le début du conflit. Emmenés par la CGT, ils souhaitent soumettre au propriétaire de l’outil de production – Unilever – un projet alternatif au démantèlement du site. Peine perdue, depuis le 28 septembre 2010, date de la première annonce de la fermeture du site, la direction d’Unilever s’est toujours refusé à discuter des scénarios de reprise par les salariés.

Provocationdes milices patronales

Mais les négociations reprennent néanmoins et Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, invite Unilever à prendre l’engagement de ne pas demander l’évacuation du site après le 1er juin aussi longtemps que les négociations dureront. Loin de vouloir négocier, Unilever joue depuis le début la carte du harcèlement psychologique et multiplie les brimades et provocations. La direction tape au porte-monnaie et pratique régulièrement des retenues de salaire aux salariés revendiquant la poursuite de l’activité, les considérant en grève, quand bien même aucune activité n’a repris sur le site depuis juillet 2011. Ensuite, ce sont les provocations des matons payés par Unilever pour harceler sur le site salariés et représentants syndicaux, et filtrer l’entrée pour éviter la présence de soutiens extérieurs.

En effet, lorsqu’Unilever annonce le 10 mai l’imminence du démontage de l’outil de production, plus de 60 salariés reprennent possession du site, aidé en cela par nombre de soutiens qui participent aux veilles, aux tours de garde et à la gestion des vivres. Mais les gros bras payés par la direction – des salariés de la société Escort – armés de cannes de combat, déboulent sur le site et se lancent dans des provocations verbales, espérant provoquer l’affrontement et jeter le discrédit sur l’occupation.

La gestion déléguée aux collectivités !

La proposition alternative des Fralib tient en trois points : Unilever les accompagne dans la reprise du site, les Fralib récupèrent la marque Eléphant et enfin, proposent d’assurer l’activité en sous-traitance pour Unilever sur six ans, au bout desquelles le site leur est cédé. Ces six ans permettraient aux Fralib de réorienter la production vers une production locale et des circuits alimentaires de proximité.

Concernant l’accompagnement à la reprise, bien entendu, Unilever s’y refuse. De toute évidence, il n’entend pas participer à une solution alternative favorable aux salariés. Unilever en fait là un point d’honneur, ce serait donner raison aux travailleurs. Quant à céder la marque aux Fralib, pas question ! Unilever en retire un substantiel chiffre d’affaire en France et la production a déjà été entièrement transférée en Pologne.

La solution envisagée par Unilever, avec la complicité du ministre du Redressement productif, serait de brader l’outil de production aux collectivités territoriales, auxquelles serait délégué l’accompagnement de Fralib. Unilever participerait au financement de cet accompagnement en versant une aide aux collectivités et donnerait 5 millions d’euros sous forme de primes aux salariés qui reprendraient leur part dans la Scop. Unilever est donc prêt à donner l’argent nécessaire pour se débarrasser de Fralib mais refuse d’accompagner la reprise de l’outil de production par les salariés.

Il préfère déléguer la gestion de la casse de l’emploi aux collectivités territoriales qui risquent de lancer dans des projets hasardeux des salariés n’y étant pas préparés, multipliant ainsi les risques de faillite. Le discours d’Unilever a le mérite de l’honnêteté : c’est nous les patrons, quand on décide de vous briser, merci de vous écraser. François Molinier (AL Paris Nord-Est)

 
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