Pleins feux, Santé

Hôpital public : dans le creux de la (deuxième) vague

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Depuis la première vague de Covid-19, l’Hôpital public français paie cher des années de restrictions budgétaires. La tête sous l’eau, les collectifs de soignantes et soignants parviennent malgré tout à faire entendre qu’un autre hôpital est possible.

Lorsque le 12 mars Emmanuel Macron annonce le futur confinement, c’est une surprise pour beaucoup. Or, si la décision d’un confinement «  total  » a été prise, et ceci malgré les répercussions sur les profits capitalistes, c’est bel et bien parce que le système hospitalier était à bout de souffle et que le gouvernement ne pouvait pas assumer politiquement l’hécatombe qui s’annonçait. Loin des foyers épidémique beaucoup d’hôpitaux continuaient alors à exercer dans ce qui fait le quotidien du milieu  : restrictions, fermetures de lits et souffrance au travail.

Rapidement, la priorité des directions hospitalières a été de gérer la pénurie. Pénurie de tenues professionnelles adaptées mais aussi de masques dont on s’apercevra vite que les stocks stratégiques avaient fondu au fil des années et des coupes budgétaires. Il a alors été demandé aux hospitaliers et hospitalières de travailler avec du matériel inopérant, parfois périmé. La colère est rapidement montée contre ces mises en danger, adoubées par des hygiénistes qui modifiaient leurs préconisations en fonction des stocks.

Malgré la mise en place d’un hôpital militaire et le transfert de patients et patientes vers les régions les moins touchées et les pays limitrophes, tout le monde a pu constater que c’est l’ensemble des lits et services supprimés au fil des années qui manquaient alors.

Face à cela, de grands groupes capitalistes ont vu une occasion en or de redorer leur blason en se lançant dans le «  mécénat  » offrant par exemple du gel hydro-alcoolique LVMH, ou encore des masques Lacoste. Initiative reçue de façon mitigée par les hospitaliers et hospitalières, amusé·es d’accéder à un «  luxe  » qui leur est habituellement étranger mais conscients que ces groupes feraient mieux de s’acquitter de leur cotisations sociales.

Heureusement, des initiatives populaires ont eu lieu afin d’aider l’hôpital face à la pénurie. Parallèlement aux dons individuels, les fédérations SUD-Éducation et SUD-Santé-Sociaux ont tenté de mettre en place une redistribution aux hôpitaux du matériel non utilisé dans les écoles. Par ailleurs, des Brigades de solidarité populaire ont pu, par endroits, apporter du matériel à des structures de soins.

L’État, le privé et la solidarité populaire

Pourtant, alors que se développe une seconde vague épidémique, la pénurie de personnels formés en réanimation devient critique. Pour certains hospitalières et hospitaliers, le Covid a été la goutte de trop. Personne n’a encore quantifié le nombre de démissions de l’hôpital. Mais ces départs se font significativement sentir à l’heure de la deuxième vague. Si des renforts de soignantes et soignants ont pu être organisés au printemps, c’est beaucoup plus difficile cet automne, avec des régions qui sont désormais toutes touchées. Se développe alors une insupportable concurrence entre les hôpitaux publics pour attirer les soignants.

Très attendue par les militants et militantes du secteur, la journée de mobilisation du 16 juin n’a pas été à la hauteur des espérances. Entre restrictions liées au contexte sanitaire, mobilisation limitée aux organisations de lutte et premiers congés post-Covid, les manifestations ont pu décevoir en terme de participation – tout en donnant à voir une belle combativité.

Pendant la pandémie, le ministère laissait entendre la possibilité d’accéder à la revendication historique des 300 euros mensuels et une remise à plat du financement et de l’organisation de l’hôpital. C’est dans ce contexte que s’ouvraient les concertations du Ségur de la Santé. Rapidement la fédération SUD-Santé-Sociaux claque la porte d’une «  concertation  » qui démarrait par l’aveu de sa présidente annonçant qu’elle n’avait pas la main sur les questions financières. La CGT ira jusqu’au bout des négociations pour finalement ne pas en signer les conclusions. Le protocole d’accord ne sera signé que par les organisations qui n’ont pas ou peu participé aux dernières manifestations dans la Santé, y compris le 16 juin, soit FO, la CFDT et l’UNSA.

Finalement, l’obtention de 183 euros de complément indiciaire semble bien loin des attentes initiales et paraît dérisoire pour beaucoup face au gel historique du point d’indice et à l’augmentation de la charge de travail liée à la fermeture des lits et à la suppression de postes. La «  fusion  » des primes inquiète les personnels qui craignent à l’arrivée une opération blanche. Mais ce n’est pas le seul problème posé par l’accord Ségur  : la contractualisation d’heures supplémentaires annonce une casse des 35 heures, les postes promis sont pour moitié des postes déjà existants mais non pourvus faute d’attractivité  ; quant aux places d’hospitalisation, on privilégie le fait de n’ouvrir des lits que de manière temporaire.

Perquisitions dans les ministères

Le collectif Inter-Urgences a démontré une fois de plus son dynamisme dans la période, en portant plainte contre différents ministres et dirigeants hospitaliers pour «  abstention volontaire de combattre un sinistre et mise en danger de la vie d’autrui  ». Les perquisitions aux domiciles et bureaux de Buzyn, Véran et Philippe ont été très remarquées.

Lors des cérémonies du 14 juillet, des ballons gonflés à l’hélium ont fait apparaître au dessus de la place de la concorde une banderole où il était inscrit «  Derrière les hommages, Macron asphyxie l’hôpital  ». Là aussi cette action a été très bien accueillie dans les services.

Autre lutte d’entre les deux vagues, les étudiants et étudiantes en soins infirmiers qui se sont mobilisé·es contre la transformation de leur formation initiale en «  renforts Covid  ». Belle entrée en matière dans l’hôpital public…

Face aux démissions et à l’individualisation à venir des statuts de travail, l’objectif des syndicalistes de lutte et des activistes révolutionnaires va être dans les années qui viennent de développer à nouveau le sentiment d’appartenance à un collectif, partageant des intérêts et un destin professionnel communs. Face à l’impression légitime que la crise n’aura rien changé, à eux et elles de proposer un contre-projet de santé publique basé sur la socialisation des richesses nécessaire à son fonctionnement, et sur l’autogestion de toutes les structures de soins.

Solow (Grand-Paris sud)

 
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