Antipatriarcat

Elections américaines : les ennemis de nos ennemis ne sont pas nos amis

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Joe Biden vient d’être élu 46e président des États-Unis et si nous pouvons nous réjouir du départ de Donald Trump, cette victoire électorale n’est pas la nôtre. Il s’agit encore une fois, d’un homme de plus de 50 ans, blanc et bourgeois dont les idées ne sont en rien progressistes. Les agressions sexuelles dont il est accusé et ses comportements envers les femmes n’en font pas un allié mais un adversaire politique.

Joe Biden a négocié un programme avec l’aile gauche des démocrates pour qu’elle se taise pendant la campagne  : un peu plus de redistribution, de salaire minimum, d’assurance santé, de vert contre le réchauffement climatique, de coopération internationale. Il n’est plus hostile au droit à l’avortement. Sa vice-présidente est la première femme à ce poste, féministe et supportrice des minorités, elle était néanmoins une procureure répressive.

Au printemps dernier, les médias rapportaient des accusations d’agressions sexuelles qui «  embarrassaient la campagne  ». Parmi celles-ci, une ancienne assistante parlementaire qui accuse en 2019 Biden d’attouchements répétés et de viol digital datant de 1993 alors qu’il était sénateur du Delaware. À plusieurs reprises, Tara Reade, la victime, a tenté de se faire entendre, sans succès. Pire – et pourtant si habituel – elle s’était vu mettre au placard avant d’être virée. Biden a pu continuer sa vie sans être inquiété et n’avait pas eu, jusqu’à mars dernier, à se prononcer sur ces accusations, puisqu’il n’était jamais interrogé sur ces faits.

Si pour Biden aucune trace n’existe, le San Luis Obispo Tribune a néanmoins obtenu un document du tribunal remontant à 1996 où il est fait mention de harcèlement sexuel au travail par Joe Biden [1].

Reade n’est pas la seule à accuser Biden. Depuis les années 1990, ce sont au minimum sept femmes qui font état d’attouchements. Son adversaire pendant cette campagne, Trump, est accusé de harcèlements sexuels et de comportements abusifs par au moins une douzaine de femmes. Biden a reçu le soutien de Trump qui l’a encouragé à «  se battre  », la solidarité entre agresseurs se joue des (faux) conflits politiques.

Solidarité entre agresseurs

Qanon, le groupe de conspirationnistes fanatiques de Trump s’est attaché durant ces élections à attaquer sans fondement le candidat démocrate en l’accusant de pédophilie. Et si, de nombreuses vidéos circulent sur le web, montrent en effet un Joe Biden gênant tant il est tactile et directif avec des enfants et de jeunes adolescentes, aucune plainte pour pédophilie ou aucune accusation n’a été faite à l’encontre du nouveau président. En aucun cas ces accusations par la droite conspirationniste n’ont visé à protéger des enfants, pires, elles ont participé à invisibiliser la parole des femmes qui accusent Biden.

Pendant sa première campagne et dès le début de son mandat, Donald Trump n’a eu de cesse de s’attaquer aux femmes  : trois jours après son investiture, le 23 janvier 2017, il interdisait le financement fédéral de toute organisation non-gouvernementale étrangère qui soutient, de près ou de loin, le droit à l’avortement à travers le monde. Si la présidence de Trump n’était pas une bonne nouvelle pour les droits des femmes tant ses attaques incessantes et ses agressions sexistes ont émaillé son mandat, le cas de Biden nous inquiète également.

Face aux agresseurs sexistes qui tiennent les rênes du pouvoir il est essentiel de construire un contre pouvoir féministe et populaire.

Christine (UCL Sarthe), Lucie (UCL Amiens) et Sarah (UCL Bordeaux)

 
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