Madagascar : Les oligarques se déchirent, la population trinque

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La crise malgache a fait au total une centaine de morts depuis décembre. Hélas ce n’est pas pour une révolution sociale... mais pour servir les intérêts de businessmen rivaux.

Cela fait trois mois qu’un conflit violent oppose le président de la république Marc Ravalomanana à un autre businessman, Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, la capitale de la Grande Île. En décembre, Ravalomanana avait interdit la chaîne de télévision détenue par Rajoelina. Depuis, la tension n’a cessé de croître entre les deux camps, chacun en arrivant à prononcer la « destitution » de son adversaire.

Le samedi 7 février, lors d’une manifestation des partisans et des partisanes de Rajoelina devant le palais présidentiel, la garde a tiré, faisant plus de 28 morts et des centaines de blessé-e-s. Le cynisme des deux oligarques est flagrant : l’un tire sans sommation sur des manifestants désarmés tandis que l’autre les envoie au massacre pour servir sa stratégie d’accession au pouvoir. Dans ce pays où l’espérance de vie moyenne tourne autour de 50 ans, où 75 % de la population est rurale, où 25 % de la population n’atteindra jamais les 40 ans et où le salaire mensuel moyen est inférieur à 30 euros, rien de bon pour la population ne sortira de ce conflit.

Le berlusconi malgache contre « TGV »

Marc Ravalomanana, c’est le « Berlusconi malgache » : maire d’Antananarivo en 1999, il accède à la présidence en 2002 porté par un mouvement populaire qui a destitué le dictateur au service de l’Elysée, Didier Ratsiraka. Il dirige la principale entreprise de produits laitiers de l’île, en situation quasi monopolistique, et qui s’est diversifiée depuis 2002 : chaîne de magasins, BTP, radio, télévision… Il gère Madagascar comme une entreprise mafieuse et s’est prononcé il y a quelques années, dans ce pays où les religions chrétiennes sont très présentes dans la vie publique, pour la création d’une théocratie.

Quant à Andry Rajoelina, ancien animateur de soirées dans la capitale, à la tête d’une entreprise publicitaire et d’une chaîne de télévision, il est surnommé « TGV » à cause de sa rapidité à occuper le pouvoir. À ses côtés, on trouve notamment Roland Ratsiraka, le neveu du dictateur réfugié en France en 2002 Ratsiraka dispose toujours de quelques millions sur ses comptes bancaires.

Ainsi va la vie depuis des décennies à Madagascar. Les gouvernements se succèdent et travaillent au profit d’une oligarchie, bien souvent soutenue par l’ancienne métropole coloniale. Des ressources, des richesses, il y en a, mais elles sont accaparées par quelques uns, qui se succèdent à la tête de l’État, organisent leurs coteries et entretiennent la corruption de l’administration. La population malgache n’a rien à espérer du maire d’Antananarivo, pas plus que du président actuel. Quant à l’Elysée, les difficultés d’un Ravalomanana trop peu « ami de la France » ne seraient pas pour lui déplaire. Le 30 janvier, le Quai d’Orsay a fait savoir que Bernard Kouchner, s’était entretenu avec Ravalomanana et Andry Rajoelina... mais aussi avec Roland Ratsiraka ! Le geste et la petite communication qui l’accompagne ne sont pas innocents. La France montre ainsi qu’elle n’accorde pas le monopole de la légitimité à Ravalomanana et conforte la place de ses alliés au centre du jeu politique.

Relations internationales d’AL

 
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