Mexique : Résister au PRI, c’est résister au pire

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Avec le retour du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir depuis décembre 2012, nous avions déjà écrit que nous nous attendions au pire   [1]. On n’est pas déçus.

A peine arrivé au pouvoir, Enrique Peña Nieto (EPN) signait avec le PAN (Parti action national, droite catholique) et le PRD (Parti de la révolution démocratique, gauche jusque-là plutôt radicale) le Pacte pour le Mexique, scellant l’unité de la classe politique mexicaine pour approfondir la saignée néolibérale dans le pays. Avec quelques programmes sociaux paternalistes pour faire passer la pilule, EPN a entrepris de réformer la constitution pour pouvoir privatiser à tout va. Il a commencé par l’éducation, et s’attaque maintenant à l’énergie. Le capitalisme national et transnational en profite et saccage le pays avec des projets miniers, éoliens, hydrauliques ou touristiques imposés par la force. La résistance sociale et indigène est emprisonnée, assassinée ou forcée à l’exil, tandis que le crime organisé coule de beaux jours. C’est là toute la beauté du système politique et judiciaire corrompu construit par le PRI pendant ses 70 ans au pouvoir.

L’auto-organisation comme résistance

Certaines luttes locales arrivent à s’opposer à ce mouvement, les plus massives étant celles des zapatistes et des polices communautaires du Guerrero. Dans cet état ravagé par le crime organisé, de nombreuses communautés indigènes se sont organisées à partir de 1995 pour mettre dehors la police et l’armée, largement corrompues et inefficaces, et développer leur propre police et justice, basée sur la rééducation et la réparation. Dans ces régions, qui concernent près de 100 000 personnes, la délinquance et le crime organisé se sont effondrés grâce à ces pratiques communautaires autonomes.

Un mouvement social global qui peine à émerger

Mais les luttes globales sont plus dures à articuler. La mobilisation contre la réforme éducative, par exemple, a mis des mois pour se former et sortir du corporatisme du monstrueux syndicat de l’éducation dont les dirigeant-e-s sont aussi largement corrompus. Malgré des tentatives de créer un mouvement populaire rassemblant professeurs, organisations sociales et parents d’élèves dans certains états (Oaxaca, Guerrero), le mouvement ne s’est pas massifié et les lois ont été votées. La réforme de l’énergie récemment annoncée, dans un pays attaché à son pétrole, pourrait cependant engendrer une mobilisation plus massive. Et pourquoi pas représenter la goutte d’eau faisant déborder le vase ?

Jocelyn (AL Montreuil).

[1Voir « Mexique : Les tortionnaires reviennent au pouvoir » dans AL n°225, février 2013

 
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