Antifacisme

Nationalistes français et turcs à Lyon : l’extrême impunité

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Depuis des années, Lyon est un laboratoire de l’extrême droite la plus radicale. Les manifestations violentes de ses membres contre les militantes et militants syndicaux, d’extrême gauche, les libertaires et les antifascistes, avec la complicité implicite des pouvoirs politiques, sont légions. Les événements des dernières semaines marquent avec force leur impunité autant qu’elles renforcent notre détermination.

À force de crier en manif, il arrive parfois que nous perdions de vue la réalité matérielle de ce contre quoi nous protestons. «  Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos  », «  Le fascisme c’est la gangrène, on l’élimine ou on en crève  », ces slogans paraissent usés, comme venus d’un autre temps.

Et puis parfois, la réalité nous rattrape et nous arrive en pleine gueule. C’est ce qui nous est arrivé à Lyon depuis quelques mois, à coup de barre de fer, de coups de poing dans le visage et de parpaing dans les vitres.

Plume noire et Maison de la Mésopotamie attaquées

Samedi 20 mars à 14 heures, notre librairie La Plume noire située sur les pentes de la Croix-Rousse, a été attaquée par une cinquantaine de militants d’extrême droite cagoulés ; alors que se tenait dans les locaux une récolte de produits de premières nécessités pour les bénéficiaires de l’association Pour l’égalité sociale et l’écologie (Pese).

Cette fois-ci, c’est à coups de pavés que les nazillons ont brisé la porte d’entrée et les vitrines  ; certains ont tenté d’entrer pour agresser physiquement les huit personnes présentes à l’intérieur. Heureusement, repoussés par nos militantes et militants, ils n’ont pas réussit à entrer et n’ont donc blessé physiquement personne.

Samedi 20 mars à 14 heures, notre librairie La Plume noire a été attaquée par une cinquantaine de militants d’extrême droite cagoulés. Cette attaque était préparée depuis l’annonce de la dissolution de Génération identitaire.

Cette attaque était préméditée, préparée depuis l’annonce de la dissolution de Génération identitaire le 3 mars 2021. Plus que le local de l’UCL, c’est le symbole du lieu qui a été attaqué. Un lieu de lutte vivant ouvert à toutes et tous pour discuter et s’organiser, mais aussi venir chercher de la solidarité directe, à travers de la nourriture ou des vêtements. C’est pour tout ce que le lieu porte comme valeur populaire, antifasciste et révolutionnaire que La Plume noire reste année après année une cible privilégiée de l’extrême droite.

En effet, il ne s’agit pas de la première fois que l’on s’en prend à notre librairie  : en 1997, elle avait été victime d’un incendie criminel  ; en 2016, une trentaine d’individus masqués avaient brisé les vitrines et tenté de pénétrer à l’intérieur du local  ; en décembre 2020, ce sont deux bénévoles de l’association Pese qui avaient été roués de coups.

La Plume noire et ses militant·es ne sont pas les seul·es à être pris pour cible par les fascistes. Au même moment dans le 7e arrondissement de Lyon, les Loups gris, groupe fasciste turc, ont eux aussi attaqué la Maison de la Mésopotamie, local culturel de nos camarades kurdes qui luttent depuis de nombreuses années contre Daech d’un côté et Erdogan de l’autre. Si cette première attaque a été courageusement repoussée, sans faire de blessés dans le camps des Kurdes, ce ne fut pas le cas de la seconde du samedi 3 avril.

Cette fois-ci, les Loups gris ont attaqué, lourdement armés de barre de fer, battes et de poings américains, provoquant deux blessés légers et deux graves parmi nos camarades. Comment ne pas voir la montée en puissance fasciste qui s’exprime à présent toute les semaines dans nos vies, de plus en plus violemment, et en toute impunité  ?

Après l’attaque de La Plume noire, la police a osé venir nous dire que les fascistes avaient été repérés dès le début par les caméras de surveillance, mais qu’il avait été décidé de ne pas intervenir, soi-disant par manque d’effectif.

Faisant preuve de la même complaisance, la préfecture, par des procédés de manipulations minables (et invalidés par la suite en justice) et des coups de pression sur nos militantes et militants (visite de flics armés au domicile, amendes à répétition lors d’une conférence de presse), interdit finalement la mobilisation antifasciste.

Ceci est un acte politique très clair  : permettre aux fascistes de blesser et détruire, museler et criminaliser la riposte antifasciste. De la même manière pour nos camarades kurdes, les autorités laissent les Loups gris les agresser deux fois à deux semaines d’intervalles, mais empêche à grand coup de gaz la manifestation des Kurdes.

Mais que fait la police ? Entre inaction et complaisance

Nous n’attendons rien de l’État et de son bras armé, mais cette tolérance vis à vis de ces attaques successives est une nouvelle preuve évidente de l’impunité des groupes d’extrême droite sur Lyon. L’inaction des structures d’État face à l’extrême droite d’ici et d’ailleurs, et son acharnement contre le camps antifasciste laisse le champ libre à toutes les folies.

Profitant de cette toute puissance, les fascistes frappent de plus en plus souvent et de plus en plus fort. Nous savons pertinemment que l’attaque de La Plume noire a un lien direct avec la dissolution de Génération identitaire (GI). Cette attaque à été revendiquée dès le lendemain par une inscription sur notre local «  on ne dissout pas une génération, retenez la leçon  ».

Depuis la dissolution de GI, notre camp social se doutait qu’une action violente se préparait soit contre une manifestation progressiste, soit contre des militant·es ou groupes identifiés. Afin d’arrêter cette montée en puissance fasciste, pour nous communiste libertaires, il n’y a qu’un seul moyen  : l’union. Faire taire et reculer, partout où elle se trouve, sous toutes les formes qu’elle prend, la haine fasciste.

Cela signifie pour nous, œuvrer au quotidien pour un antifascisme large et populaire  : dans nos collectifs, mais également nos syndicats, nos associations, au boulot, dans la rue. Partout où nous sommes, œuvrer pour un mouvement social antiraciste et de solidarité de classe fort.

Alors oui, le fascisme c’est toujours la gangrène, on l’élimine ou on en crève.

Myriam (UCL Lyon)


Hommage aux victimes de l’extrême droite

Samedi 10 avril, la Coordination antifasciste parisienne organisait une première manifestation antifasciste unitaire, quelques semaines après le semi-échec de la manifestation de soutien à Génération identitaire, et la forte répression qui a alors frappé les militantes et militants antifascistes qui avaient appelé à un contre-rassemblement. La Jeune Garde Paris, Solidaires, l’UCL et la CNT avaient à coeur de démontrer que le pavé des rues parisiennes n’appartenait pas aux fachos. De ce côté-là ce fut un pari réussi.

Entre 1 000 et 1 200 personnes ont défilé de Château-d’Eau à Châtelet, bravant la pluie... et un encadrement strict des gendarmes mobiles. Le cortège s’est progressivement étoffé, la présence intimidante des pandores fut heureusement contrebalancée par un cortège particulièrement animé des hymnes classiques et des tambours de la Jeune Garde. Dans les prises de paroles d’avant manif, un hommage fut rendu aux victimes de l’extrême droite, dont notre camarade Clément Méric tombé il y a huit ans sous les coups de skinheads néonazis.

Une manifestation sera organisée le 5 juin pour rendre hommage à la mémoire de notre camarade.Cette première initiative de la toute récente Coordination antifasciste parisienne doit en appeler d’autres et permettre un élargissement à d’autres organisations syndicales, politiques et associations féministes, antiracistes, etc. Contre l’extrême droite nous devons faire développer et faire vivre une riposte sociale unitaire.

 
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