Culture

Sylvia Pankhurst : suffragette et anticolonialiste

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Il y a quelques mois, nous vous parlions d’Emmeline Pankhusrt à travers la BD Jujitsuffragettes, les Amazones de Londres (Alternative libertaire, décembre 2020). Ce mois-ci, on s’intéresse à sa fille, Sylvia, encore plus insoumise que sa mère. Les chiens ne font pas des chats !

Militante féministe, antifasciste, anticolonialiste, Sylvia Pankhurst (1882-1960) s’engage très tôt dans le mouvement des suffragettes aux côtés de sa mère Emmeline, dès sa fondation en 1903. Emprisonnée une douzaine de fois, nourrie de force pendant ses grèves de la faim, elle prendra toutefois ses distances en 1914, alors que toute action et revendication sont suspendues pour «  soutenir l’effort de guerre  ». Elle contribuera à la fondation du parti communiste britannique avant d’en être exclue, refusant de renoncer à son antiparlementarisme.

De nombreux militants politiques, dont Kropotkine, Malatesta, Louise Michel, se réunissent régulièrement chez la famille Pankhurst, marquant l’imagination de Sylvia. Si elle milite au sein de l’Union politique et sociale des femmes, elle se tourne aussi vers le communisme, convaincue que les injustices commises envers les femmes trouvent racine dans le système parlementaire capitaliste.

En 1906, elle est arrêtée pour la première fois lors d’une manifestation devant la Chambre des communes. En 1907, elle parcourt le nord de la Grande-Bretagne, rencontre des ouvrières, des pêcheuses écossaises, des travailleuses des mines, qu’elle dessine et peint. Elle participe à des réunions ou en organise partout où elle s’arrête, constate les inégalités qui règnent entre les hommes et les femmes.

En 1911, elle publie The Suffragette, un volume de cinq cents pages dont elle ira assurer la promotion aux États-Unis. En 1912, elle s’installe dans l’East London pour y faire naître un mouvement de masse, par opposition aux actions organisées par des privilégiées, comme sa mère et sœur ainée Christabel avec qui les divergences ne cessent de s’aggraver. En 1914, la Fédération de l’East End qui souhaite conserver son fonctionnement démocratique et ne pas se contenter d’obéir aux ordres de l’Union, devient autonome et se dote d’une publication  : Women’s Dreadnought. Avec l’éclatement du premier conflit mondial, les dissensions atteignent un point de non-retour  : «  l’Union glisse du féminisme élitiste vers le militarisme  » avec un zèle patriotique forcené, tandis que la Fédération des suffragettes d’East London prend position contre l’effort de guerre.

« C’est un mauvais système et il doit être anéanti. »

Celle-ci s’implante dans d’autres banlieues de Londres, puis en province, au pays de Galles et en Écosse. Sylvia Pankhurst agit politiquement pour abolir la pauvreté en organisant des centres de distribution de lait, des restaurants communautaires à prix coûtant, des centres de soins, des garderies, une fabrique de chaussures et une de jouets, organisées selon des principes de solidarité et de collaboration.

Un projet de loi, adopté en 1918, accorde le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans, propriétaires ou mariées à un propriétaire. Sylvia Pankhurst se consacre pleinement à la lutte révolutionnaire. Elle rejette les compromis et sera progressivement marginalisée puis oubliée  : «  J’ai créé quatre cliniques et je suis restée nuit après nuit au chevet des enfants. J’ai aussi mis en place une crèche, mais ces expériences m’ont toutes montré qu’essayer de remédier au système était inutile. C’est un mauvais système et il doit être anéanti. Je donnerais ma vie pour ça.  »

Dans les années 1930, elle lance une campagne contre le fascisme italien qui la conduit en Éthiopie, seul pays d’Afrique qui n’a jamais été colonisé. Elle dénonce les atrocités commises par l’armée italienne et décrit la résistance dans les colonnes de son nouvel hebdomadaire, le New Times and Ethiopia News. En 1955, à 73 ans, elle part s’installer à Addis-Abeba où elle meurt en 1960.

Passionnante biographie de la plus méconnue des Pankhurst : Sylvia, qui n’a eu de cesse d’appliquer au quotidien ses convictions égalitaires, autogestionnaires, antihiérarchiques et antiautoritaires.

Ernest London (UCL Le Puy-en-Velay)

  • Marie-Hélène Dumas, Sylvia Pankhurst - Féministe, anticolonialiste, révolutionnaire, Libertalia, 2019, 218 pages, 10 euros.
 
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