RATP : Le retour d’un syndicat jaune

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Des élections professionnelles ont eu lieu à la RATP le 27 novembre dernier. Elles ont été marquées par la campagne du SAT, un syndicat réactionnaire.

On peut penser que les trois principales organisations syndicales de la RATP (CGT, Unsa et Sud) ont toutes eu de bons résultats aux dernières élections professionnelles. La CGT reste, avec un peu plus de 30 % des voix sur l’ensemble de l’entreprise, la première OS. L’Unsa arrive en tête chez les opérateurs (premier collège). Enfin, malgré un score transversal de 15,3 %, Sud continue sa progression et confirme son implantation dans les départements qui « pèsent » (bus et métro notamment).

Difficile, donc de désigner un vainqueur. À l’inverse, vu la qualité de la campagne, on peut dire qu’à l’inverse, le syndicalisme de lutte sort battu. En effet, si à la RATP l’Unsa n’a pas l’habitude de se faire doubler sur sa droite, ce fût pourtant le cas cette fois-ci, et c’est au SAT (Syndicat Autonome tout-RATP, ex-Syndicat Autonome Traction) qu’on doit cette prouesse.

Syndicat catégoriel crée en 1947 par des conducteurs de métro, le SAT avait depuis longtemps disparu de l’entreprise. Il a été relancé cette année par Mourad Ghazli. Adjoint au maire UMP de Thiais, Ghazli a pris en janvier 2011 les commandes de l’Unsa Commercial (qui syndique les agents des gares, agents de sécurité et contrôleurs) suite au départ de Gwenaël Eslan, dit « le Roi », accusé de trafic d’influence, harcèlement sexuel et proxénétisme. Alors qu’il est agent au département sécurité, Ghazli est licencié pour atteinte à l’image de la RATP quand il commence à balancer les cadres qui auraient participé aux parties fines organisées par « le Roi » dans des locaux de la RATP. Réintégré (en tant que cadre !) début 2014, Ghazli réactive le SAT, dont il modifie le périmètre de syndicalisation, en vue des élections de novembre.

À partir d’un rapport de la Cour des comptes de 2011, le SAT fait de la dénonciation des malversations au comité régie d’entreprise (CRE) son cheval de bataille. Il promet, en cas de victoire aux élections des comités départementaux économiques et professionnels de la RATP, que les subventions de l’entreprise ne soient plus reversées au CRE, mais aux salariés en chèques-vacances, chèques-cadeaux et tickets-restaurant.

Ratisser le plus à droite possible

Cependant, le SAT est un authentique « syndicat-maison », qui multiplie des propositions saugrenues afin de ratisser le plus à droite possible. Pour chaque métier de l’entreprise, le SAT a une pochette-surprise-faf à offrir. Aux chauffeurs de bus, il propose de déclassifier les délits routiers afin de désengorger les tribunaux qui pourraient ainsi remplir leur vraie mission : jeter les délinquants en prison [1]. Aux agents de sécurité, il propose un écusson « pour que les voyageurs connaissent leur pouvoir ». Mais le SAT va parfois au-delà du catégoriel, bien qu’il s’en défende (« le SAT est le seul syndicat d’entreprise non politisé »). Il affirme être féministe et se vante de « prendre » des femmes car « elles sont plus sensibles à l’esprit de justice et d’équité ».

Même si les résultats électoraux ne sont pas au rendez-vous, le SAT terminant sixième avec 5,2 %, sa campagne a eu le don de crisper la CGT et l’Unsa, co-gestionnaires du CRE, de cristalliser l’attention des agents, et d’énerver les militants de terrain, provoquant ici ou là des bagarres, bref, de contribuer à décrédibiliser le syndicalisme, ce dont les fafs de tout poil ne peuvent que se féliciter.

Alexis (AL Saint-Denis)

[1Blog de Mourad Ghazli.

 
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