A contre courant : Affairisme

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduite l’édito de la revue alsacienne A Contre courant-> http://www.acontrecourant.org/, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex

Pendant toute la durée de la crise, les affaires continuent ! » Tel pourrait être le slogan promotionnel de la Sarkozie, si toutefois ses dirigeants pouvaient étaler publiquement autant de morgue et de cynisme qu’ils le font en privé, entre gens de leur monde. Car, tandis qu’il n’est question que de coupes sombres dans les dépenses publiques, tandis que le peuple est convié à se montrer raisonnable dans ses attentes pour faire acte de solidarité avec son homologue grec (en fait, c’est avec les banques, dont il faut éponger les pertes, qu’on nous demande d’être « solidaires »), les unes des journaux ne sont pas assez larges pour accueillir toutes les révélations, plus fracassantes les unes que les autres, sur les affaires dans lesquelles sont ou ont été engagés tous ces pères La Rigueur ou leurs proches.

Emplois fictifs sur lesquels le parquet décide de passer l’éponge sous le prétexte que son principal organisateur et bénéficiaire, ci-devant président de la République, serait désormais atteint d’anosognosie (traduisons : il a la mémoire qui yoyote). Rétrocommissions destinées à financer une campagne présidentielle débouchant sur un attentat et couvertes par un « secret défense » que l’on brandit comme une feuille de vigne servant de cache-sexe honteux. Enveloppes garnies remises au bénéfice d’une autre campagne présidentielle par l’une des plus grandes fortunes du pays, elle aussi atteinte de mémoire intermittente et sélective, et transmises de la main à la main à un secrétaire de campagne qui, devenu ministre du Budget, entretiendra les meilleures relations qui soient avec cette généreuse donatrice, qui fera de l’épouse dudit ministre une gestionnaire de sa fortune, le même ministre se rendant coupable d’un bradage d’un bien public à un prix d’ami au mépris de toutes les règles du droit administratif, etc. Arrêtons-nous là : au regard de ces affaires, les trafics de quelques flics ripoux font figure de minable business de dealers de seconde zone.

Sans doute n’est-ce ni la première ni la dernière fois que des affaires pareilles éclatent. Elles sont inhérentes au mode de fonctionnement d’un Etat dont les sommets sont accaparés par des professionnels de la politique qui font carrière privée dans la gestion du bien public. Elles sont favorisées par les va-et-vient constants des mêmes entre privé et public, ce qui les incitent à gérer l’Etat comme s’il s’agissait d’une entreprise dont il faut tirer le maximum de bénéfices pour leur propre compte. Elles sont encouragées enfin par l’air du temps néolibéral qui fait valser les milliards autour de la planète par centaines et milliers tous les jours, et dont la seule maxime est : « Enrichissez-vous ! »

 
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