Les Classiques de la subversion : Adieux au prolétariat : au-delà du socialisme d’André Gorz

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Ce livre est l’œuvre la plus connue d’André Gorz, de par la polémique qu’il a suscité à sa sortie, notamment en raison de son titre un brin provocateur. Non pas que le philosophe abandonne ses fondements socialistes, mais il rompt avec le canon marxiste. Le philosophe avance la thèse qu’à cause de l’évolution de l’organisation du travail, les travailleurs ont perdu leur pouvoir dans le procès de production et, par voie de conséquence, également leur potentiel révolutionnaire. Il critique ainsi vivement la vision traditionnelle d’un prolétariat - au sens de producteur exploité - unique porteur de la lutte des classes et de la révolution. Car pour Gorz, « seule la non-classe des non-producteurs est capable de cet acte fondateur ; car seule elle incarne à la fois l’au-delà du productivisme, le rejet de l’éthique de l’accumulation et la dissolution de toutes les classes ». Dans son acceptation, ce qu’il nomme « non-producteurs » englobe les salariés qui ne s’identifient plus à leur travail et les précaires ou chômeurs. Ainsi, dès la fin des années 70, il pressent la montée en puissance des luttes liées à la précarité. A méditer pour les actuels et futurs syndicalistes révolutionnaires. Il allie cette critique de l’orthodoxie marxiste à une dénonciation virulente du système capitaliste qui pousse à une surproduction, et donc à une surconsommation, totalement absurde et mortifère. Il poursuit ainsi son œuvre de précurseur dans le domaine de l’écologie. Dans cette perspective, il prône la réduction drastique du temps de travail, agrandissant d’autant plus la sphère de l’autonomie individuelle, aspiration propre à chaque être humain. Mais pour cela il distingue une autre sphère, celle de l’hétéronomie qui se limitera à assurer la seule production socialement nécessaire. Certes, Gorz défend l’utilité d’un Etat planificateur pour gérer cette production dans le cadre de petites unités mais sa vision est tout à fait compatible avec un modèle fédéraliste et autogestionnaire. Cette querelle sémantique ne doit pas occulter l’apport profond de sa réflexion. Bref, 30 ans après sa publication, le mouvement libertaire aurait tout intérêt à s’inspirer davantage de cet ouvrage incontournable du penseur majeur de l’écologie politique et de la critique sociale qu’est André Gorz.

Julien R. (AL Montpellier)

André Gorz, Adieux au prolétariat : au delà du socialisme, Seuil, 1981, 246 pages, 14 euros

 
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