Habitat : Se réapproprier nos vies

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Comme l’eau, l’air, ou la nourriture, le logement est une nécessité vitale. Une nécessité pourtant rare et souvent trop chère. Au-delà des difficultés d’obtenir d’un toit, le logement, et par extension notre manière de vivre ensemble, doit être au cœur du projet communiste libertaire.

Pour l’immense majorité d’entre nous, il n’y a pas de vrai choix de logement, trop heureux que nous sommes quand un bailleur daigne enfin accepter une part non négligeable de nos salaires pour nous fournir ce qui relève théoriquement d’un droit : celui de ne pas dormir dehors et de disposer d’un peu d’intimité.

[*Un modèle enfermant*]

Face à cette situation, la réponse politique française a été, depuis les années 1970 de favoriser l’accession à la propriété pour des couches sociales de plus en plus larges. Les effets de cette politique ont entraîné une forte hausse de la construction de maisons individuelles, souvent dans les espaces périurbains. Pourtant, les coûts de cette accession et les désolations engendrées par la première tempête venue dans les nouvelles zones construites imposent un triple constat. Il s’agit d’abord d’un échec urbanistique. Loin de favoriser le regroupement, cette course à l’accession divise les populations entre les gagnantes et gagnants (les propriétaires, qui bien souvent achètent au prix d’importants efforts financiers) et les perdantes et perdants (les locataires). Il s’agit ensuite d’une incohérence capitaliste. A l’heure où les entreprises exigent mobilité et flexibilité, on demande aux employé-e-s de s’engager pour vingt ans ou plus dans un crédit figé géographiquement. Enfin, il s’agit d’une régression écologique. Les sommes demandées aux particuliers pour construire ou acheter imposent des choix techniques et des modes constructifs qui vont à l’encontre de ce qui est écologiquement tenable. Le modèle pavillonnaire a cette remarquable constance : celle de produire des biens de faible qualité, véritables épaves thermiques prenant fort mal en compte les usages et besoins de leurs habitantes et habitants.

[*Pour des logements modulables et coopératifs*]

Il est donc urgent d’inventer ou au moins de se réapproprier la construction et le logement pour en faire, non pas un espace auquel nous nous plions mais un espace qui soit le reflet de nos besoins au moment où nous les vivons. Le logement est souvent présenté comme un bien immuable, soit tout le contraire de la vie, qui nous fait changer de lieu de travail, qui voit le nombre de nos proches diminuer ou augmenter. Ceci le rend incapable d’évoluer au gré du développement personnel. Pour rester dans des proportions raisonnables, la mise en commun est nécessaire. La plupart des constructions modernes proposent une cuisine par cellule mais sont souvent incapables de proposer une intimité aux occupants et occupantes d’une chambre. En mutualisant certains équipements comme les cuisines ou les buanderies, dans un immeuble ou dans un quartier, on améliore la qualité des équipements installés tout en favorisant l’échange. La nature des pièces ne doit plus être fixée et doit offrir une importante modularité. Des assemblées entre les habitants doivent avoir lieu pour entretenir tous et toutes ensemble les parties communes et les logements de celles et ceux qui en ont besoin. Dans cette optique, chaque « regroupement » devrait disposer d’un atelier permettant les modifications et l’appropriation par le groupe de la conception et la construction de son toit.

Entre des centres urbains prisés aux tarifs inaccessibles et des banlieues utilisées pour la ghettoïsation sociale se trouve une troisième voie dont le potentiel n’a pas encore été pleinement exploré. Des formes d’habitations assurant une part de leur production énergétique (voire alimentaire) peuvent apporter une nouvelle approche pour concilier habitat de qualité, respect des personnes, sobriété énergétique, et confort d’utilisation. La situation actuelle n’est pas des plus favorables pour tenter ces expériences mais au rythme où croissent les hypothèques immobilières, c’est face à la renaissance de leurs cendres des maisons Phénix que les dépossédés pourraient reprendre en main leur habitat.

Nico (AL Paris Nord-Est)

 
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