Classiques de la subversion : Thoreau, « De la désobéissance civile »

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Ecrit en 1849, l’essai De la résistance au gouvernement, ou De la désobéissance civile est le deuxième ouvrage d’importance de Henry David Thoreau (1817 -1862). S’étant voué à un mode de vie qu’on qualifierait aujourd’hui de « simplicité volontaire », l’auteur l’écrit à la suite de son emprisonnement pour avoir refusé de payer une levée destinée à financer la guerre contre le Mexique. Celle-ci (1846-1848) avait pour objectif de d’annexer le Texas, l’incorporant à l’Union en tant qu’état esclavagiste. Ce à quoi Thoreau se refusait strictement.

« Le meilleur des gouvernements est celui qui ne gouverne pas du tout » forme le point de départ du l’essai. Thoreau va assortir cette doctrine d’une posture fondamentale : la résistance passive, le refus non-violent, mais inaliénable face à l’injustice.

Empreint de philosophie transcendantaliste (espèce de déisme naturaliste), on peut difficilement définir Thoreau comme un anarchiste avant la lettre. Et pourtant, son essai, dont se prévaudront Gandhi, Martin Luther King et toute une génération d’activistes américains, présente bien des aspects libertaires. Car, déroulant avec beaucoup de sincérité ce premier fil, « le meilleur des gouvernements… », le livre explore quelques idées maîtresses dont les conclusions ne seraient pas désavouées par Bakounine ou Malatesta : l’absurdité du suffrage universel (« tout vote est un jeu ») ; la soumission aveugle au pouvoir ; le devoir de résistance à des lois injustes, l’inutilité des institutions là où l’auto-organisation, la solidarité suffisent à mettre les gens d’accord ; la dictature de la majorité ; la légitimité de la désobéissance, la violence d’Etat, la prison…

Une ambiguïté subsiste toutefois, car si Thoreau considère l’Etat comme un « expédient, au mieux », et conclut in fine à son inutilité, un fond de déisme peut être l’empêche de se détacher tout à fait de l’idée d’Etat. Mais il le conçoit comme une espèce de mutualisation des moyens au service de tous, y compris de ceux « qui choisissent de vivre en marge » et lui refusent leur participation. « Il ne peut y avoir d’Etat réellement libre et éclairé que si l’Etat reconnaît l’individu comme un pouvoir à lui supérieur et indépendant, dont il retire sa propre autorité et pouvoir… » Un pionnier en tout cas, qui en inspira beaucoup, et qui aujourd’hui encore vaut d’être lu pour son acuité et sa fraîcheur.

Cuervo AL95

 
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