Nécrologie : Abraham Serfaty

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Les dirigeants sionistes voudraient que le mot « juif » évoque irrésistiblement des brutes épaisses comme Nétanyahou ou Liberman. Il reste pourtant la mémoire de vrais résistants d’origine juive comme Abraham Serfaty, Henri Curiel ou Marek Edelman.

Abraham Serfaty nous a quittés le 18 novembre dernier. Il fait partie des militants du monde arabe qui ont d’abord adhéré au parti communiste (français puis marocain) pour le quitter quand il est devenu évident que ce parti n’était pas révolutionnaire et ne s’opposait pas vraiment à l’impitoyable dictature policière du roi Hassan II. En 1970, il fonde le groupe marxiste et anti-impérialiste Ila Al Amam (En Avant) très populaire dans la jeunesse étudiante. Il prône la révolution socialiste et la solidarité avec tous les peuples opprimés (Viêt-Nam, Palestine). À contre-courant dans son pays où le roi a suscité des réactions nationalistes et xénophobes, il se prononce pour l’autodétermination du Sahara ex-espagnol que le Maroc revendique et envahira en 1975.

Son groupe est traqué par la police. Il vit dans la clandestinité pendant 15 mois. Arrêté, il est longuement torturé. Il passera 17 années à la prison de Kénitra de 1974 à 1991 et ressortira brisé physiquement. Son groupe sera démantelé et beaucoup de militant-e-s y laisseront leur vie. Banni du Maroc pendant 8 ans, il ne pourra y retourner qu’après la mort d’Hassan II.

Souvenons-nous qu’au moment où Abraham Serfaty luttait pour la liberté au Maroc, les gouvernements français successifs déroulaient le tapis rouge devant la dictature.

Souvenons-nous de l’histoire des Juifs marocains : leur présence au Maroc était millénaire. Victimes de la propagande sioniste, ils ont quitté en masse leur pays pour devenir les prolétaires discriminés du nouvel État israélien. Abraham Serfaty a toujours clairement refusé toute idée de séparation et condamné le sionisme, notamment la « loi du retour ». Il refusait toute opposition d’identités entre Juifs et Arabes. Il a toujours soutenu les droits du peuple palestinien. Il a combattu sans relâche la dictature, le colonialisme et l’impérialisme.

Pratiquement au même moment, un autre grand militant anticolonialiste marocain d’origine juive disparaît aussi : l’écrivain Edmond Amran El Maleh. Ne laissons pas disparaître le sens de leur combat.

Pierre Stambul (Union juive française pour la paix)

 
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