Allemagne : Les étudiants demandent des comptes à Schroeder

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Alors qu’une opposition sociale commence à se structurer en Allemagne, ce sont les étudiant(e)s qui donnent l’exemple en construisant un mouvement déterminé contre la politique d’étranglement de l’université publique menée par le gouvernement Schroeder.

La fin de l’année 2003 a été marquée par de fortes mobilisations étudiantes contre les politiques néolibérales des gouvernements dans le secteur de l’enseignement supérieur dans plusieurs pays de la planète.

En Angleterre (voir ci-contre), des grèves protestant contre l’augmentation des droits d’inscription ont marqué la rentrée universitaire d’octobre. Une lutte qui pourrait redémarrer depuis que Blair a fait de son projet de loi sur l’autonomie financière des universités son projet prioritaire d’ici la fin de son mandat. En Roumanie et au Nicaragua, les étudiant(e)s ont manifesté contre les restrictions budgétaires. Dans ce dernier pays, les étudiant(e)s se sont même affronté(e)s armes à la main avec le gouvernement. En Italie, la mobilisation est également axée sur la dénonciation de la libéralisation de l’enseignement public. De même au Liban, c’est la lutte contre la privatisation qui est au cœur des mobilisations enseignantes et étudiantes.

Mais c’est sans doute en Allemagne que les manifestations de rue ont été les plus massives. C’est par dizaines de milliers qu’ils/elles ont fait entendre leur colère dans nombre de grandes villes universitaires.

Les étudiant(e)s d’Allemagne demandent des comptes à Schroeder mais aussi aux gouvernements régionaux de droite comme de « gauche » qui décident des budgets des universités. Des budgets jugés ridicules, comme le nombre d’enseignant(e)s du reste.

Un mouvement qui n’a pas seulement été marqué par des manifestations bon enfant mais qui a également donné lieu à de nombreuses actions visant les élu(e)s responsables de la pénurie budgétaire. Ainsi en a-t-il été de l’encerclement du Bundestag (le Parlement allemand) ou de la séquestration des élu(e)s de droite, sociaux-démocrates, verts ou communistes comme ce fut le cas à Berlin.

Après les fêtes de fin d’année, beaucoup pariaient sur une fin du mouvement. Dans deux des trois plus grosses universités berlinoises, une large majorité d’étudiant(e)s a voté la reprise de la grève des cours avec occupation dès le début du mois de janvier. D’autres grandes villes ont embrayé aussitôt. La protestation est toujours dirigée contre la baisse des budgets des universités qui touche la plupart des facs allemandes suite à une baisse globale du budget de l’éducation (moins 100 millions d’euros cette année).

Harcèlement des décideurs

Cette reprise de la grève est largement liée à ce qui se passe dans l’opposition sociale et syndicale à la majorité rose/verte de Schroeder.

Dimanche 4 janvier s’est tenue une réunion de la coalition qui regroupe tous les groupes qui forment cette opposition sociale (opposition du DGB, la centrale syndicale majoritaire, ATTAC, mouvement étudiant, mouvements de chômeur(se)s...). Dans la continuité de la journée d’action du 1er novembre (100 000 manifestant(e)s contre l’Agenda 2010 de Schroeder à Berlin), cette assemblée a décidé pour le 29 janvier le blocage du Parlement afin de protester contre les restrictions budgétaires.

Autre raison du redémarrage des grèves étudiantes, le projet du SPD (Parti social-démocrate) au pouvoir de construire une poignée d’universités d’élite du type Princeton ou Harvard et qui concentreraient de formidables moyens profitant à une petite minorité.

Les étudiant(e)s en grève ont une nouvelle fois occupé le siège national du SPD en janvier afin d’exiger des discussions avec les dirigeant(e)s de ce parti. Ils ont su également gagner un large soutien dans la population en portant le débat hors de l’université (actions dans le métro et les gares). À Berlin, ils/elles ont organisé l’ouverture de leurs universités à la population. Des contacts ont été pris avec une partie des différents mouvements de plusieurs pays afin d’échanger des informations et prendre des initiatives communes, des contacts qui restent à formaliser pour créer un véritable réseau international de luttes étudiantes.

CJ avec correspondant en Allemagne

 
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