Entretien

Alain Glayroux (CGT-Altadis) : « Nous défendons un projet de reconversion autour du chanvre »

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Comme partout, les travailleuses et travailleurs de Lot-et-Garonne sont confrontés à la multiplication des restructurations industrielles et des licenciements. Toutefois, deux luttes exemplaires mettent en évidence le fait que les plans sociaux ne sont pas inéluctables et que les luttes syndicales ne se limitent pas aux négociations de mesures d’accompagnement : la SADEFA, fonderie industrielle que l’Union des banques suisses voulait mettre en liquidation, et l’établissement de Tonneins d’Altadis (ex-Seita).

Dans les deux cas, le syndicat CGT de l’entreprise a su, avec des hauts et des bas, refuser le fatalisme, associer les salarié(e)s au combat pour le maintien des emplois et affirmer une voie alternative face aux restructurations capitalistes. À la SADEFA, rebaptisée Fumel Technologies, un rachat partiel de l’entreprise par les salarié-e-s a permis le maintien des emplois. Aujourd’hui, à Altadis Tonneins, faisant le constat que le rapport de force ne permettrait pas de faire plier cette multinationale, le syndicat CGT porte un projet de reconversion dans le battage de la fibre de chanvre.

Alternative libertaire a interviewé Alain Glayroux, un des animateurs du syndicat CGT.

Alternative libertaire : Peux-tu nous dire quelques mots sur le plan de restructuration d’Altadis ?

Alain Glayroux : Il prévoit la suppression de 970 emplois en Espagne et de 701 en France dont les 74 de Tonneins (les autres villes touchées sont Lille, Morlaix et Dijon). Près de trois siècles d’expérience et de savoir-faire à Tonneins rayés de la carte ! Pourtant Altadis continue à faire des bénéfices importants (220 millions d’euros pour le premier semestre 2003), et a distribué des dividendes à ses actionnaires en augmentation de 13 %.

Dans votre combat de tous les jours, comme dans votre lutte contre cette restructuration, comment le syndicat a-t-il cherché à construire le rapport de force, à permettre aux salarié(e)s de s’approprier la lutte ?

Alain Glayroux : Au niveau des pratiques, il y a eu beaucoup de délégation de pouvoir. Toutefois, après 1985-87, cela a commencé un peu à changer. Et depuis quelques années, nous fonctionnons d’une façon qui me paraît logique : faire participer le plus possible les syndiqué(e)s au fonctionnement du syndicat. Ainsi nous avons pu nommer à des postes de délégué(e)s à tour de rôle tous les syndiqué(e)s qui s’impliquaient. De plus, nous voulons que les actions soient décidées par les salarié(e)s tou(te)s ensemble. Les assemblées générales, face au plan social, se tiennent au minimum une fois par semaine. L’action que nous avons menée pendant les fêtes a été décidée par le personnel avec le syndicat CGT. Avec la CGT seule, parce que les autres étaient en vacances. Cette façon de militer c’est ce qui m’intéresse. On va aussi sur les chaînes, on discute avec le personnel à bâton rompu, on écoute. Sur le plan de sauvegarde de l’emploi, pas un(e) salarié(e) ne peut dire qu’il n’est pas au courant de ce que l’on va discuter le 23 janvier à Paris. Nous avons fait circuler les documents, nous avons demandé l’avis de chaque salarié(e).

Peux-tu revenir sur l’action de cette fin d’année ?

Alain Glayroux : Juste avant notre départ en congés, la direction a fait pression pour que nous envoyions du tabac vers l’Espagne. Nous avons bloqué le tabac pour empêcher l’expédition. La direction a tout de suite fait venir des huissiers pour faire pression sur les salarié(e)s. Mais, le vendredi, nous sommes partis en congés sans qu’aucun camion n’ait pu partir. Le lundi, nous sommes revenus sur nos congés pour continuer à bloquer, le mardi aussi. Il y a eu visite d’huissier au domicile des militant(e)s avec menace de nous faire payer 150 euros par personne et par heure de blocage. Vu le manque de rapport de force et pour ne pas envoyer les militant(e)s au casse-pipe, nous avons cessé l’action le mardi à 13 h. Nous avons tout de même reçu une convocation pour le 30 décembre en référé au tribunal pour 10 militant(e)s CGT. Malgré cette date très défavorable, 250 personnes étaient présentes au tribunal. Le référé a finalement été reporté, et, le 15 janvier, la direction a renoncé à la procédure.

Peux-tu nous parler du projet alternatif de reconversion de l’établissement de Tonneins ?

Alain Glayroux : Notre métier c’est de battre de la fibre végétale. Nous en sommes venus à défendre un projet autour du chanvre, en particulier parce que c’est une plante qui était traditionnellement cultivée dans la région, qui absorbe les nitrates, qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau, dans une région où les problèmes d’irrigation se multiplient pour les producteurs de maïs. Aujourd’hui nous défendons notre projet en parallèle avec les cultivateurs de tabac, avec les agriculteurs. Au-delà de ses avantages écologiques, les débouchés possibles des fibres de chanvre sont multiples : dans les composites par exemple pour les tableaux de bord des voitures ; pour produire du papier ; pour réaliser des isolants ou des vêtements. Altadis ne veut pas en entendre parler. Leur démarche, c’est de restructurer avec comme seule perspective la fermeture du site. Aujourd’hui nous devons faire vite. Fin 2004, c’est fermé. Sur les 74 salarié(e)s du site, des départs anticipés sont possibles pour une cinquantaine. Pour les autres, rien ! Nous devons aller vite pour offrir une solution à celles et ceux qui risquent de se retrouver sur le carreau et pour lutter contre la mort économique de notre région.

Propos recueillis par AL Lot-et-Garonne

 
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