Dico anti-sécuritaire : “la sécurisation de l’habitat”

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible : Qu’est-ce que “ la sécurisation de l’habitat ” ?

Sous ce terme bien policé, on peut regrouper l’ensemble des dispositifs de surveillance mis en place aux frontières et au sein des espaces privés d’habitation, destinés à la protection des personnes et de leurs biens.

Le plus visible et le plus accepté est sans doute le processus d’enfermement généralisé des logements derrière des grilles toujours plus hautes, pudiquement appelé résidentialisation. On compte également, outre les désormais classiques alarmes et digicodes, la vidéo-surveillance, sous le doux nom de « vidéo-protection ». Elle est en passe de devenir omniprésente dans les métropoles, justifiée par la nécessité de la sécurité de toutes et tous, alors que c’est finalement les faits et gestes des habitantes et habitants qui sont épiés chaque seconde. Et l’innovation la plus extrême est sans doute le « boîtier anti-jeunes », ces alarmes à ultra-sons mises en place par certaines municipalités dans les quartiers populaires avant d’être interdites. Ces dispositifs, placés dans les parties communes des immeubles, pouvaient émettre des sons stridents audibles uniquement par les personnes de moins de 25 ans... au risque de causer des dommages irrémédiables à leurs tympans.

Ce qui est intéressant, c’est que ce phénomène représente un juteux marché pour divers organismes qui produisent et commercialisent une technologie spécifique. Des entreprises, surfant sur le climat de paranoïa sécuritaire inspirée par les médias, ont réussi à créer chez la population française une demande de sécurité sur laquelle elles font leur beurre. Ben oui : n’est-il pas plus facile d’acheter et vendre de la sécurité, plutôt que de la construire par une connaissance mutuelle et un rapport de confiance avec ses voisins ?

Un exemple : la surenchère sécuritaire a mené à confier la sécurisation des logements à des entreprises de sécurité privées, comme le GPIS (groupement parisien inter-bailleurs de surveillance). Ce groupe est né d’une « obligation » pour les bailleurs de sécuriser les logements qu’ils offrent... sous peine de voir leur prix diminuer.

Sous l’argument de défendre l’individu contre une menace floue (délinquance, étrangers, jeunes...) tous ces équipements constituent un fin maillage de flicage à une très fine échelle des habitants, en même temps qu’il nourrit le sentiment d’insécurité. Ils entretiennent un climat de peur et empêchent toute possibilité de rencontre. L’immeuble ou la résidence, censé être l’espace convivial d’une identité collective et d’un vivre ensemble, devient alors un non-lieu social et politique, dédié à la consommation et aux pratiques strictement individuelles et familiales.

Le logement est aujourd’hui au centre des préoccupations des vies de toutes et tous, c’est un enjeu matériel et politique. La construction d’une société libertaire passe par ces problématiques, et notre implication dans les luttes qui y sont liées doit se renforcer. La ville appartient à ceux qui la créent chaque jour en y vivant. Ne laissons pas les logiques marchandes et politiciennes nous en déposséder !

Par Clem et Vince

 
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