Interview : D1ST1, le rappeur en gilet jaune

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Tout a commencé à la sortie d’un clip baptisé Gilets jaunes Acte 1 par un jeune rappeur sous le pseudonyme de D1ST1, qui récolta plus d’un million de vues en moins de 24 heures. Très vite propulsé au rang de star des gilets jaunes, le toulousain était un des invité·es au contre-sommet du G7 en août dernier. Retour sur son parcours et son implication dans le mouvement des gilets jaunes.

D1ST1, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je vis à Toulouse, j’ai grandi en partie à Saint-Cyprien, mais à vrai dire un peu partout dans la ville car j’ai alterné entre vie en famille d’accueil, en foyer, voire à la rue. J’ai passé la moitié de ma vie à rapper, j’ai commencé à 14 ans et j’en ai 28 aujourd’hui. J’ai toujours été indépendant, je finance seul ma musique, laquelle ne me rapporte rien aujourd’hui encore.

Tu es présent dans les manifs des gilets jaunes depuis le début du mouvement. Comment et pourquoi as-tu rejoint cette révolte  ?

Je suis présent depuis le premier acte toulousain, c’est-à-dire l’acte 2. Depuis tout petit, j’ai été victime de l’injustice, que ce soit policière, sociale ou autre. Quand on est seul et que le système s’acharne contre nous, on doit en faire plus que les autres pour survivre. De plus, je n’ai pas grandi avec ma famille, mais dès le plus jeune âge j’ai vu mes parents galérer par manque d’argent. C’est ce sentiment de galère et de colère qui s’est retrouvé au premier plan avec les gilets jaunes, et en voyant des milliers de personnes crier haut et fort ce que je ressentais depuis si longtemps, je n’ai pas hésité à les rejoindre.

« Depuis tout petit, j’ai été victime de l’injustice sociale »

Qu’est-ce qui t’a le plus touché dans ces semaines de lutte en gilet jaune ?

Ce qui m’a immédiatement touché lors des manifestations, c’est l’humanité qui s’en dégageait. L’entraide, le partage et la bienveillance dans le mouvement m’ont marqué, pouvoir discuter et échanger librement de sujets qui nous préoccupent, cela m’a fait beaucoup de bien, et a fait tomber les préjugés que je pouvais parfois avoir. C’est aussi le fait de voir ces personnes âgées, handicapées, ou en difficulté, nous expliquer qu’elles n’ont plus de quoi vivre, et qu’elles se retrouvent dans l’incapacité de se défendre ou d’arranger leur situation. Je pense que beaucoup de gens prennent part au mouvement pour cela : aider les autres.

Dans tes textes, tu décris souvent la misère vécue par les classes populaires, ou encore les violences policières dans les manifs comme au pied des HLM. Est-ce que tu considères ta musique comme du rap militant ?

Je ne sais pas comment catégoriser ma musique. À la base, je parle toujours de mon histoire, mon ressenti. La dureté de la vie de la classe sociale d’en bas, les papys qui pleurent à la caméra parce qu’ils n’arrivent pas à manger alors qu’ils ont travaillé toute leur vie, tout ça je le savais, mais le voir a changé les choses. Je ne voulais pas «  surfer  » sur le mouvement des gilets jaunes, mais après plusieurs semaines j’ai eu besoin d’écrire, j’ai composé l’acte 1 très vite. Je me suis dit que c’était mon rôle, un bon moyen de faire passer un message, de montrer la réalité du terrain. Depuis le début de l’année, je parle de choses importantes aux yeux de toutes et tous les manifestants, je pense donc que l’on peut dire que c’est un rap militant.

Des projets pour la suite ?

J’ai commencé à faire des concerts, et je compte sortir un album d’ici la fin de l’année. Il y a aussi ma marque de tee-shirts que j’ai lancée. Sinon, je compte juste faire de mon mieux pour faire avancer les choses, pour un monde meilleur.

Propos recueillis par Benjamin (UCL Angers)

 
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